Talib Kweli & DJ Hi-Tek: Reflection Eternal

Publié le par Crazy Horus

 

Sortir un album sur le label Rawkus au début des années 2000 est un gage de qualité, loin des Majors qui brassent des dollars et financent des clips où l’argent et le sexe semblent plus importants que le dictionnaire…

Lorsque Talib Kweli et DJ Hi Tek (Reflection Eternal) sortent leur bijou Train Of Thought, c’est une bouffée d’air frais qui souffle sur l’insondable vacuité créative du rap commercial et redonne à l’occasion à l’underground new yorkais une prépondérance certaine.

Savant mélange de philosophie urbaine, de culture africaine, de jazz, de soul, le tout digéré à la sauce hip hop en réponse à un rap indigent, cet opus est d’une intelligence rare. Appuyé par de nombreuses collaborations, dont Common, Mos Def, Rah Digga, Xzibit, ou encore Kool G Rap, le projet possède une assise solide, réfléchie et référentielle à l’image d’« Experience Dedication » où Dave Chapelle en guise de symbole unitaire prend la voix de Nelson Mandela. Expérience réitérée sur l’excellent « Move Somethin’ » au gimmick cuivré qui semble passer le témoin à ses voisins magnifiques que sont « Some Kind of Wonderful » et « The Blast », titre teinté d’une soul aérienne portée par la voix magnifique de Vinia Mojica.

Parfois l’atmosphère se fait plus mélancolique sur « Too Late » et « Memories Live », ambiance douce, onirique, presque orientale propice à une réflexion, ou amenant à une calme rétrospection. Avec « Africa dream » c’est l’Afrique qui s’invite au rythme des percussions d’abord introductives accompagnées de quelques notes de la trompette de Derrick Gardner avant que le tout s’emballe rapidement en évoluant derrière un grattouillement de cordes de guitare…simple et sublime. L’album tout entier semble refléter ce qu’est devenu le New York du XXème siècle, c'est-à-dire une palette culturelle riche née de diverses influences continentales, ce qui donne des morceaux d’une beauté délicate comme  « Love Speakeasy » où les cuivres s’enroulent autour d’un beat onirique aux accents cotonneux.

Si certaines productions d’Hi Tek demeurent axées vers un rap académique, celle-ci n’en  restent pas moins efficaces et musicales (« Down For The Count » featuring sont Rah Digga et Xzibit). Notons l’excellente apparition de Kool G Rap dont la voix charismatique donne de l’épaisseur au morceau « Ghetto Afterlife » ainsi que le très bon « Eternalists ».

Fan absolu de De La Soul, il était normal que Kweli les invite pour leur rendre hommage sur le sautillant « Soul rebels ». Le seul bémol de l’album concerne « Love Language » featuring Les Nubians qui nous livrent un refrain navrant de banalité et vient gâcher une mélodie qui n’en demeure pas moins douce dans un style proche du cool jazz.

Reflection Eternal, s’apparente donc à ce qu’on appelle parfois un peu vite « rap conscient ». Loin des oripeaux d’un rap décadent, cette œuvre brille par sa maîtrise musicale (« Name Of The Game », « Big Del From Da Natti »), sa richesse et l’intelligence de ses textes articulés par un Talib Kweli poète et philosophe.

 

 

Publié dans Rap

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