Wu Tang Clan: Wu Tang Forever

Publié le par Crazy Horus



Suite à la parution de leur premier opus, le Wu revient quatre ans après, fort de son expérience, d'un nouveau membre (CappaDonna) et de la maturité musicale de RZA qui s'est exercé sur les albums solos de Method Man, Raekwon, GZA, ODB et Ghosface, tous certifiés "classiques" par les amateurs du genre.

1997, date clef qui signe le retour d’un groupe qui a révolutionné le rap en 1993 sur des beats épurés, teintés de soul, aux sonorités joliment brouillonnes nourries de films de Kung Fu.

Wu-Tang Forver, est donc pour le moins très attendu outre Atlantique. A New-York les chaînes de télévision en font la promotion depuis des semaines, les membres sont invités dans des shows, la pression monte et le 3 juin c'est un carton (650 000 albums vendus en une semaine), une partie de la planète scande avec frénésie "Wu-Tang ! Wu-Tang!", incantation pour le moins bizarre pour un œil extérieur aucunement conscient du chef d'œuvre accouché.

Deuxième révolution musicale donc si on en croit RZA sur l'introduction «Wu-Revolution » ? Peut-être... L'album qui est en fait un double album prend le parti d'un concept plus musical que Enter The Wu-Tang, c'est à dire beaucoup moins brut mais qui laisse beaucoup plus de place à la spiritualité de RZA qui déploie avec finesse des productions aussi tranchantes que la lame d'un Shinobi. Mais ce qui prime avant tout c'est l'unité et la mission d'un groupe maintenant affirmé pour le moins inspiré comme le démontre le flamboyant «Reunited » où GZA débite avec finesse cet hymne fédérateur aux violons affolés portés par la voix sûre de Roxanne : 

 Reunited, double LP, we're all excited

Struck a match to the underground, industry ignited

from metaphorical parables to fertilize the Earth

Wicked niggaz come, try to burglarize the turf

Scattin off soft-ass beats them niggaz rap happily

Tragically, that style, deter-iate, rapidly

Uncompleted missions, throwin your best known compositions

You couldn't add it up, if you mastered addition

Where I come from, gettin visual is habitual

De-mon-strate walkin on hot coal, in rituals

I splash the paint on the wall, it formed the mural

He took a look, saw the manifestation of it, was plural

Rhymin while impaired, dart hit your garment

Pierced your internal, streamlined compartments

Just consider the unparallel advantage

Of a natural disaster that's impossible to manage

Ce titre annonce la couleur du premier disque. Un son abouti, très travaillé où chaque membre décoche un dard empoisonné (« For Heavens sake » sample « Please Don't You Leave Me Lonely » de King Floyd). Parfois l'atmosphère se fait beaucoup plus lourde, plus oppressante (« Cash Still Rules/Scary Hours » prod 4th Disciple) où la voix de Method Man rajoute à l'ambiance opiacée et embrumée. Présence d'ODB oblige, son « As High As Wu-Tang Get » est une véritable secousse verbale inspirée des plus fameux titres de Return To The 36th Chamber:

 As high as Wu-Tang get

Allah allow us pop this shit

Just like black shoe fit

If you can't wear it, well don't fuck with it!

Les contributions de 4th Disciple sur cet album ne sont pas des moindres et n'ont rien à envier au maître RZA. Ainsi sur « Older Gods » il réunit les deux inséparables Raekwon et Ghostface pour une belle leçon de rap. Parfois le Wu se fait plus moralisateur (« A Better Tomorow »), surtout lorsqu'il est soutenu par les violons samplés de « A Time For Us » de Peter Nero et signé 4th Disciple, morceau un rien risible lorsqu'on connait les frasques d'ODB...

You can't party your life away

Drink your life away

Smoke your life away

Fuck your life away

Dream your life away

Scheme your life away

Cause your seeds grow up the same way

Le premier cd se termine sur le légendaire et entrainant « It's Yourz » au refrain mémorable et annonciateur du second, un des morceaux les plus repris en concert par la suite :

It's Yourz!

The world in the palm of your hand

It's Yourz!

Twenty-three million of useful land

It's Yourz!

The seed and the black wo-man

It's Yourz!

Double LP from Wu-Tang Clan

It's Yourz!

Alors voilà, la première partie aurait pu faire un album vraiment solide, très musical avec des morceaux pour le moins mémorables mais il semblerait que RZA ait voulu pousser l'atmosphère Shaolin encore plus en avant sur le second cd. Pour celui-ci, les membres ont changé de noms comme sur Only Built 4 Cuban Linx, comme le rappelle ODB sur le transcendant « Triumph » :

What y'all thought y'all wasn't gon' see me?

I'm the Osirus of this shit

Ainsi chacun devient à son tour un autre personnage, RZA devient The Abbott, GZA-The Genius, U-God-Golden Arms, Masta Killa-High Chief, Method Man- Hott Nikkels, Raekwon-Lex Diamonds, Ghostface Killah-Ironman, et enfin Inspectah Deck-Fith Brother. Ce changement patronymique montre assez bien le caractère schizophrénique du groupe largement inspiré des Comics.

Tout comme le premier disque, le deuxième n'a rien à lui envier. Passant du philosophique « Impossible » où la vois de Tekitha envoute littéralement ces quelques minutes, à l'indomptable « Dog Shit » qui porte la griffe ODB, l'auditeur passe aussi parfois par de véritables perles : le lugubre « The City » (production 4th Disciple sur le sample « Living For the City » de Stevie Wonder), le magnifique « Bells of War », ou encore l'énergique « The M.G.M ». L'absence de skits ne permet donc pas de souffler véritablement entre chaque titre, mais on pourra se remettre de nos émotions sur quelques tracks brillantes mais un poil plus fades (« The Projects », « Little Ghetto Boys » même si le sample de Donny Hathaway nous rappellera de bons souvenirs, « Duck Seazon »).

L'album se termine tout de même sur quelque chose de grandiose, notamment grâce à la sublime production de True Master (« Heaterz ») qui nous livre un Wu épique lancé sur le champ de bataille, atmosphère 100% Shaolin.

Le Wu-Tang est donc revenu en force avec ce double album qui en a surpris plus d'un. Peut être est on arrivé à ce que le groupe pouvait faire de mieux ensemble en ce milieu d'année 1997. Son influence en reste pour le moins énorme et demeure une source d'influence pour ceux les Killa Bees. En effet, deux mois après la sortie de cet opus, la planète Hip-Hop tremble à nouveau quand arrivent les nouvelles productions de 4th Disciple sur le premier album de Killarmy désormais un classique faisant alors écho à son cousin Wu-Tang Forever : Silent Weapons For Quiet Wars.

 

 

 


Publié dans Rap

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GeeMoney36 25/08/2009 16:26

Un album légendaire, surement le meilleur double album de l'histoire du rap... trés bonne chronique que tu à fait.
Si t'es fan du Wu-Tang Clan, jtinvite à rejoindre la communauté Wu-Tang Clan & Co : http://www.over-blog.com/com-1109814775/WuTang_Clan_Co.html

Crazy Horus 27/07/2009 23:13

Il est beaucoup moins brut que Enter The Wu Tang, les prods sont plus affinées, certaines qui au premier abord paraissent molles permettent de mettre en valeur le flow des différents rappeurs. Pour moi cet album est devenu un classique. Peut être l'album du Wu le plus sous estimé et le plus travaillé.

Midnight-Marauder 27/07/2009 20:46

J'arrive pas trop à accrocher, fin il est bon, mais certaines tracks sont difficiles d'accès selon moi, encore une fois faut que je l'écoute en profondeur ...

PS : Chronique de PE sur mon blog ;-)