Pacewon & Mr Green: The Only Color That Matters Is Green

Publié le par Crazy Horus


Lorsqu'on s'appelle Pacewon, qu'on vit dans le New Jersey, qu'on a un père qui collectionne les disques de jazz, de soul, de reggae depuis des années, qu'on a été bercé par les grands du rap comme Run DMC, Rakim, Slick Rick ou encore Doug E Fresh et qu'on a une réelle aptitude au mic, il ne manque plus grand-chose pour arriver au titre honorifique de MC.

New Jersey… C'est presque New York, longtemps considéré comme sa « campagne » où les échos des sales quartiers de la grande pomme y résonnent tel un pollen sonore qui a fécondé une myriade d'enragés dont les illustres Fugees, Lord of the Underground, Redman, Artifacts, Rah Diggah et autres Joe Budden. De son côté, Pacewon contribue à l'éclosion et fonde The Outsidaz, groupe composé de Young Zee, D.U. et Slang Ton où viennent un peu plus tard s'accoler Bizarre et un certain Eminem. Le crew explose en 1999 avec l'album « The Bricks » véritable feu d'artifice les propulsant sur le devant de la scène underground locale.

En 2008, changement de cap, le rappeur s'allie au Dj/Producteur Mr Green, mystérieux inconnu bourré de talent. Tous les deux composent un album nostalgique aux odeurs bitumées des grandes avenues New Yorkaises, au son des cris d'enfants jouant dans les parcs, effet proustien immédiat, retour dans les années 1990, l'âge d'or du rap.

Telle une légère brise fraiche, « Four Quarters » semble éveiller de vieux souvenirs de quartiers dans une belle envolée de violons martelés par un beat sec de type 90' où la voix rauque et un peu éraillée de Pacewon se pose admirablement. Impossible de passer à côté de cette saveur musicale, « The Eye of a Needle » déborde d'un suc urbain et d'un parfum chargé du solvant des graffs qui déchirent les briques rouges des murs. Classicisme parfait qui rappelle ce qu'on pouvait faire de mieux il y a dix ans, morceau presque anachronique.

Par ailleurs, le duo tient à réaffirmer les véritables valeurs du Hip Hop, un mic, des platines, les ingrédients indispensables pour un résultat magistral. Véritable signature musicale, et plus encore, « Hip Hop » est un hymne rendant hommage à un art de parler (It's da way we talk you know), à une manière d'être (It's da way we walk you know), et de prendre la vie sous un autre angle (It's to love the life you know), avec toujours ces onomatopées qui reviennent en boucle comme le son d'une cloche, Hip Hop !, Hip Hop ! et qui restent ancrées à vie dans votre cerveau. Durant ces 4 minutes 13, les images pleuvent. Une averse de Boots Timberland, de Bombers, de battles improvisées sur un corner, de blunts enduits de mauvais cognac s'abattent alors sous nos yeux nostalgiques.

Parfois, l'atmosphère se fait expérience plus stressante (« I need money »), puis semble d'un coup planer sur des airs de cuivre qui laissent s'échapper un mélange de voix insaisissables pour aussitôt retomber dans l'urgence, un peu comme dans la vie, un peu d'argent permet de souffler, mais la réalité revient vite au galop, cercle vicieux issue incertaine.

S'élève alors l'épique « Let a shot go », telle une marche impériale dans les rues humides et froides du New Jersey, bourrasque sonore qui dévisse les bouches d'égout de leurs trottoirs. Il serait trompeur de croire que cet opus ne renferme qu'une sorte de violence à peine étouffée. Des chants d'enfants viennent alors adoucir le tout selon une formule déjà usitée par Nas et Jay-Z sur leurs albums respectifs. Crèmes glacées et manèges, « Children sing » est un petit bijou de canon vocal et de production maîtrisée qui permet à Pacewon de poser un flow lent, esthétique avec une facilité déconcertante. Même performance sur le rétrospectif « Who I Am», ponctué par quelques notes de piano, simples, mais suffisamment évocatrices.

Le dynamisme de « Won on won » n'est pas en reste et pourrait atteindre des sommets de folie en live tant l'orchestration des cuivres est énergique et laisse place à un refrain clair, parfaitement scandé. Son cousin « She Be So Cold » à l'accent soul n'a pas à pâlir et semble une sorte de clin d'œil aux disques de papa qui tournaient sur une veille Technics qu'on n'avait pas le droit de toucher, mais qui était si tentante…

On l'aura compris, cet opus est comme une madeleine qui nous fait replonger dans les années 1990, et nous incite à retourner vers ce son si marqué et indémodable, vers ce que le rap faisait de meilleur à l'époque et qu'on écoute encore avec une certaine surprise d'un œil jamais lassé. Espérons qu'il en sera de même pour celui-ci.

 


Chronique publiée pour Rap2k.com

 


 



 



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SnowgoonS 25/01/2011 19:12


Moi quand je me relis j'ai envie de vomir... (par rapport à l'album...) sisi c'est à ce point là, et puis voila les bonhommes à la limite de l'opportunisme pour pondre un titre sur la Tunisie bref.


Crazy Horus 25/01/2011 21:05



Haha je m'en doutais, moi même je suis beaucoup moins enthousiaste au final. Leur prochain album je ne le sens pas, ça va tourner en rond et Green à la prod' ça reste assez basique.



rem 25/01/2011 18:23


très bonne chronique, magnifique album


Crazy Horus 25/01/2011 18:41



Ouh elle date cette chronique pourtant, j'ai beaucoup de mal à la relire maintenant. L'album est bon oui, très peu connu, du rap US carré, bien produit et assez traditionnel en fait. Rien de
renversant mais ça s'écoute tout seul en effet ;)



SnowgoonS 05/03/2010 21:09


C'est quand même drôle, du fait d'avoir apprécié ton blog grâce à ta chronique de Freeway & Jake one, je me suis décidé de reprendre ton site depuis le début, quelle ne fut pas ma surprise en
découvrant que la première chronique qui m'apparait est celle de Pacewon & Mr green. Tu n'imagines pas à quel point j'ai apprécie cette album, un vrai retour au source et en même temps une
bouffé d'air frais (2008 n'était pas vraiment une bonne année) ton article est vraiment remarquable,il donne franchement envie, si je n'avais pas connu le skeud je me serai précipité dessus. Passe
un bon week end ++


Crazy Horus 05/03/2010 23:21


ouah tu t'es tout tapé !? repect à toi. En tout cas je te remercie pour l'intérêt que tu portes à mon modeste travail. Pour le Pacewon en effet cet album est vraiment excellent, je me le repasse
encore ! Si tu es un gros amateur de raw hip hop 80's-90's (je suis plutôt East que West tu as dû t'en rendre compte) j'ai une section toute neuve "Back In The Dayz" consacrée à la soul 60's-70's
ainsi qu'au rap us 80'-90's. Avec quelques extraits, une info rapide sur l'album présenté et la tracklist. J'essaie de mettre ça à jour dès que j'ai un peu de temps mais je prévois du lourd !
Allez je te dis à + et encore merci pour les encouragements ça fait toujours plaisir. Ciao !