DJ Babu: Duck Season Vol.3

Publié le par Crazy Horus


La troisième saison de la chasse aux canards est ouverte ! DJ Babu préside une nouvelle fois la traque à grand renfort de cuts, de passe-passe et d'invités aux lyrics affutés prêts à déplumer le rap US. Après deux saisons respectivement estampillées Duck Season vol.1  (2002) et  Duck Season vol. 2  (2003), le petit DJ américano-philippin un peu enrobé nous revient, casquette vissée sur la tête, avec une finesse et une précision technique en matière de scratch et de Turntablism qui n'a pas été altérée depuis The Platform . Il est vrai qu'en la matière, le leader incontesté des Beat Junkies fait figure de référence en apportant au rap californien une touche qui diffère du Gangsta rap mal dégrossi qui peine parfois à se renouveler.

 


Duck Season, mystérieux titre, dont la signification nous échappe, mais qui trouve ses origines en 1996 avec la tape Super Duck Breaks. Depuis, le concept a fait son chemin, notamment grâce au fabuleux single éponyme « Duck Season » featuring The Beatnuts paru sur le premier volume en 2002, morceau qui reste probablement le plus connu de la trilogie aujourd'hui achevée.

Un troisième volet donc, parait en 2008. Sortie discrète pour un résultat égal sinon plus aux deux précédents. L'impression première après une écoute intégrale réside dans le fait que nous avons à faire à ce qui ressemble plus à un gigantesque morceau qui ne subit aucune interruption. Le mixage est parfait, d'un bout à l'autre le beat précédent trouve le rythme suivant et ce tout le long des 18 titres dont la moyenne est d'un peu plus de 3 minutes. Une fois l'album terminé un vide silencieux s'installe, presque insupportable, fruit d'une avalanche sonore faite de boucles de cuivres ivres, de scratches frénétiques crachant leurs refrains, et d'une liste d'invités alléchante.

L'introduction, qui est souvent l'entame malheureuse et la moins intéressante dans un album de rap, fait ici figure de véritable inauguration dynamique ponctuée de scratches entremêlés de coups de fusil à deux coups, pétoire qui disséminera du gros plomb sur l'album entier. Babu effectue ici un travail de production plutôt remarquable, inspiré, qui n'hésite pas à injecter un peu de NYC dans l'air. L'instrumental est ainsi capable de contenir le flow carnassier d'M.O.P (« Deadly Departed ») soutenu par quelques notes étourdissantes de trompettes et un refrain bien scandé qui insiste bien comme on frappe avec une masse sur un mur en béton. Pour rester dans ce type de vertige musical, « The Unexpected » featuring MF Doom/Sean Price a cette particularité d'allier l'étrange folie de Doom et le mordant de Babu dans une atmosphère fiévreuse.

Dans un registre beaucoup plus aérien, c'est Evidence qui donne toute sa mesure sur « For Whatever it's worth ». Musique pesante, flow lent qui vient se poser avec grâce sur un chœur aux voix filtrées, à la fois lointaines et proches, une dimension qui fait aisément penser à The Layover. Mais pour rien au monde Babu n'aurait laissé s'échapper son allant si communicatif aux platines. Ainsi, la preuve est faite avec « Fan Mail » (featuring Little Brother, Joe Scudda, D-Brock) à la saveur funk/soul, ou encore avec « Guns gon' blow » (featuring Termanology) au piano très jazz 50s' syncopé, et au gimmick vocal féminin orienté soul.

Le dynamisme comme véritable moteur vient donc redonner un peu d'entrain à des passages parfois insipides (« 2 Feet »), parfois ennuyeux (« Graveyardshiftin » featuring Cali Agents et Roc Marciano) ou peu consistants (« Black and Brown Army » featuring Chace Infinite et Sick Jacken). Des titres distingués viennent étoffer la fadeur passée, pour y injecter une atmosphère festive et faire oublier l'amertume précédente, grâce à l'euphorique « Ahead of my time » (featuring Niko) ou encore à l'élégant « SBX2LAX2OX » featuring Wildchild et Percee P.

Vous l'aurez compris, ce troisième volume, bien que lacunaire en raison d'un manque de cohérence en son milieu, s'inscrit bel et bien dans la lignée des deux premiers, notamment en ce qui concerne l'art du Turntablism (« East Ouest Connection » featuring A.G) dont Babu fut l'un des précurseurs et nous donne ici une jolie leçon en à peine 4 minutes.
Après cette écoute il est probable que certains retourneront vers les précédents, histoire de boucler la boucle et de patienter jusqu'au prochain, s'il y a….



Chronique publiée pour Rap2k.com

 



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