Dela: Changes Of Atmosphere

Publié le par Crazy Horus


En écoutant le début de l’album on aurait pu s’exclamer comme souvent :

« Ces ricains sont vraiment trop forts ! Les rois de la production, il n’y a qu’eux pour faire un son pareil ! »

Sauf qu’ici, le Dela en question ne vient ni des Etats-Unis, ni du Japon, mais de France. Celui-ci s’est fondu dans un style bien smooth qui sent bon les 90's et qu'on a peu l’habitude d’entendre de la part d’un de nos compatriotes, mis à part l’excellent Clin d’œil des Jazzliberatorz.

D’une manière générale, ce mélange jazz/rap/soul ne semble pas vieillir. Depuis les premiers essais de A Tribe Called Quest, de De La Soul, de Pete Rock, de Buckshot LeFonque en passant par le premier volume de Jazzmatazz, ce son s’est transformé au contact d’une nu soul raffinée et d’un jazz moins brut, comme ont pu le démontrer les Soulquarians, Madlib, les Procussions, Kero One, etc. Difficile donc, lorsqu’on a Changes of Atmosphere dans les oreilles, de ne pas inscrire Dela dans cette illustre lignée, lui qui fait d’ailleurs partie depuis 2002 du collectif Beat Fanatic regroupant entre autre 9th Wonder et Nicolay.

Pourtant ce producteur n’en est pas à son premier essai. Déjà en 2007 il sortait Atmosphère Airlines, pré-album détonant qui trahissait son goût immodéré pour les productions jazzy et un Hip Hop cotonneux appuyé par une myriade de rappeurs dont J-Live, Large Pro, Elzhi… Ceci laissait pressentir un album de même facture, doté d’un ensemble cohérent et musical dans la continuité de son précédent projet.

Changes of Atmosphere présente tout d’abord une palette impressionnante d’artistes qui sont pour la plupart rodés au genre : J-Live, Talib Kweli, Large Pro, Termanology… Si parfois l’étiquette rap/jazz est attribuée un peu pompeusement à certains albums qui en réalité ne se résument qu’à une grosse sieste de 50 minutes, Dela échappe à cet écueil qui envahit quelques fois les œuvres de jazz elles-mêmes. Bénéficiant d’une finesse sonore rare, cet opus est   en quelque sorte une boite à bonbons : on peut y prendre n’importe quoi au hasard car tout y est exquis, et lorsqu’on y goute c’est une musique qui exhale de suaves parfums à l'image de « I say Peace » ou « Live the Life ». 

Plus qu’une simple musique paisible destinée à l’atmosphère feutrée des salons de thé, il faudra prendre son temps pour savourer la musicalité des morceaux et se rendre compte de leur richesse. Seule une écoute attentive pourra permettre de révéler la technique de J-Live et les cuivres dégoulinant sur « The City », ou encore d'effleurer la douce mélancolie de « Long Life ». Un peu à la manière de Reflection Eternal, Dela injecte une soul classieuse (« Won’t Do ») et invite comme Talib Kweli et Hi Teck l’avaient déjà fait auparavant, les Nubians pour une ballade onirique basée sur cette jolie allitération : « Veuillez Veiller Sur Vos Rêves ». Probablement marqué par l’influence de Pete Rock, quelques titres dégagent la même authenticité : « Stress » reposant sur un sample de Q-Tip, « How to Fish » ou le magique et fataliste « It Is What It Is ».

Changes Of Atmosphere délivre donc une prestation de grande classe, mélangeant des cuivres discrets et de délicates boucles de xylophone (« Changes Of Atmosphere »), le tout couplé avec le flow assuré de vieilles connaissances comme Large Professor (« Chill ») autre génie  de l'ombre. Si peu d'artistes réussissent à garder l’auditeur éveillé du début jusqu'à la fin, Dela y parvient haut la main, bénéficiant d'une affabilité remarquable ainsi que d'une recette approuvée depuis,  simple mais non simpliste. Une sortie discrète pour une élégance certaine.


Chronique publiée pour Rap2k.com

 

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