General Steele: Welcome To Bucktown

Publié le par Crazy Horus

 


« Whatever you want, they’ve got…and Bucktown is where you’ll find it! » peut on lire à l’arrière de l’album qui est en réalité un détournement de l’affiche du film Bucktown (1975) d’Arthur Marks avec dans les rôles principaux Fred Williamson et la sublime Pam Grier… Ambiance résolument blaxploitation pour le premier opus du membre de Smif-n-Wessun, qui revisite à sa manière la bande originale de Johnny Pate, épaulé par une bonne partie du Boot Camp et une pléiade d’artistes locaux dont Shabaam Shadeeq.

 

A l’image de la pochette qui reprend une des principales scènes du film, c'est-à-dire la course poursuite avec le fameux véhicule blindé, tous les ingrédients sont présents pour faire de cette nouvelle expérience un hommage au genre qui a traversé les années 1970. Tout y est : les filles à la beauté féline coiffées à l’afro, à la poitrine généreuse et à l’intérieur de laquelle est dissimulé un petit revolver, les bars enfumés qui transpirent le mauvais alcool, le sheriff blanc véreux, raciste, sans oublier le héros black alerte et malicieux, plongé dans une atmosphère explosive et sulfureuse loin de tout. Bienvenue dans cette ville rongée par le racisme, la corruption, le sexe la violence et où il est peut être temps de croire en Dieu si on tient à sauver sa peau, c’est ce que semble annoncer General Steele avec le premier titre « Welcome », court mais aux chœurs percutants.

 

Les amateurs de rap soulful trouveront peut être leur bonheur dans cet album chargé à la dynamite. Fidèle aux codes, les producteurs disposent d’une large palette musicale pour peindre ce climat frénétique et agressif qui en devient presque enivrant. Les samples et extraits du film identifiables à peine masqués introduisent la plupart des morceaux afin de nous reproduire cet imaginaire vieux d’un peu plus de trente ans, resté indémodable au point même de devenir une véritable esthétique, à l’image de l’excellent « Bucktown Baby » produit par Che Triumph qui n’hésite pas à « planter le décor » par une longue introduction. Bucktown ou la ville à la soul sulfureuse, trempée dans un environnement hostile, à la fois repoussant et fascinant mais au bout du compte tellement beau, comme le disait si bien Shakespeare « le laid est beau, le beau est laid ». Le travail de production (Ayatollah, 7Ven H.D) semble en effet respecter à la lettre la formule sur des morceaux qui transpirent la violence attractive (« Made Me Do It »), gorgés de samples farouches (« Bucktown Affiliates »), ou lacérés à coup de scratches de DJ Evil Dee de Black Moon sur le gigantesque « I Walk Around Town » aux cuivres puissants. D’autres titres évoquent de manière différente la lourdeur des quartiers tels que « I’m From Brooklyn » ou « Bucktown State Of Mind » produit par DJ Revolution.

 

Ode à la vieille ville, « A Toast To Bucktown » offre un travail de production intéressant, basé sur le sample d’Al Johnson et de Jean Carne « I’m Back For More » qu’on pouvait retrouver sur « Just Cruisin’ » de Will Smith, mais là comparaison s’arrête là. Cette mélopée soul scandée par General Steele, Buckshot et Jochris évoque une certaine allégresse coincée entre la survie quotidienne et la fureur de vivre où « Find My Way » apparaît comme une suite logique et un retour à la réalité, sur une ligne de basse lymphatique et un gimmick frais, le contraste est saisissant.

 

Seulement, avec tout cet imaginaire et le nombre impressionnant d’invités, General Steele aurait pu pousser la musicalité un peu plus loin ce qui lui aurait permis d’éviter quelques écueils comme « Riot » ou l’anarchie sonore de « No Sleep ‘Til Bucktown » qui avait les qualités pour être un moment d’anthologie car réunissant presque tout le Boot Camp Click. Le morceau se perd malheureusement dans un cortège lyrical interminable où personne ne sort vraiment du lot. Heureusement, l’opus se termine sur un happy end funky (« Things Are Getting’ Better ») produit par Mr. Walt des Beatminerz sur lequel General Steele en solo boucle la boucle d’une belle manière.

 

Malgré les défauts le concept reste entier et tout à fait conforme au désir de l’artiste : « I didn’t try to copy the film or the soundtrack, but the concept and the feel of it. […] I wanted to depict that vibe & energy with the songs and the artwork. »

 

 I’ll be back to Bucktown.

 

 

 

Chronique publiée pour Rap2k.com

 


Publié dans Rap

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SnowgoonS 07/03/2010 10:48


Effectivement après une première écoute ca fait plutôt peur, on retiendra quand même le titre avec Dead Prez et Tomorrows Children


SnowgoonS 06/03/2010 14:14


J'ai passé quelques bons moments avec certaines tracks de ce projet, dommage qu'il y ai des titres très faible trop faible, il vient de sortir un nouvel album qui semble beaucoup plus sombre que le
premier opus "Amerikkkas Nightmare Pt. 2 Children Of War" à suivre


Crazy Horus 06/03/2010 23:56


J'avais bien kiffé cet album avec tout le Boot Camp présent sur cette galette. Une version revisitée de la BO de J.Pate, gâvée de samples bien grillés (on les retrouve facilement sur la BO sortie à
l'époque).
Concernant son dernier opus, c'est franchement mauvais. Dans le genre thématique militaire on a vu mieux (Killarmy). Les prods sont immondes (vulgaire sample d'E.Morricone mal placé) et gâvées de
tambours martiaux. A oublier très vite je ne te le conseille pas ! La fusion rock/rap n'est d'ailleurs pas des plus réussie.