J Dilla: Jay Stay Paid

Publié le par Crazy Horus


C’est toujours avec une certaine méfiance que l’on aborde un album posthume, tant le soi-disant hommage cache en réalité un projet navrant qui n’a d’autre but que celui d’exploiter l’image de l’artiste pour faire de l’argent comme c’est si souvent le cas avec Tupac et Notorious BIG. Avec Jay Stay Paid nous sommes heureusement loin de la stratégie commerciale sans âme et opportuniste.

 

Le projet se retrouve entre des mains sures et protectrices dont la légitimité ne serait être mise en doute. La production exécutive est donc assurée par la mère du défunt producteur Maureen “Ma Dukes” Yancey, alors que la partie mixage est incarnée par l’assurance de Pete Rock. Dilla revient en quelque sorte à la maison avec une fois de plus des productions inédites dont la source semble ne jamais se tarir. Il faut dire que Jay Dee était un acharné de la production musicale. Depuis « Front Street » sa première réalisation pour Phat Kat, Dilla n’a cessé de travailler régulièrement à des heures précises selon un emploi du temps planifié qui ne laissait pas beaucoup de place à l’imprévu mais qu’importe, la musique elle-même est imprévisible. Dès lors, ses créations vivent au rythme des progrès technologiques. Il découvre par l’intermédiaire d’Amp Fiddler ex-claviste de Prince, les secrets de la MPC60 sur laquelle il élabore de nombreuses productions pour A Tribe Called Quest au sein de The Ummah (soumission à Dieu dans l’Islam) et autres Pharcyde… En 2002 malgré le diagnostique d’un lupus érythémateux disséminé, il continue avec encore plus d’acharnement, allant jusqu’à produire sur son lit d’hôpital sur de petites machines comme la SP 1200 ou l’Akai-S 20 en attendant que la mort l’arrache à sa fièvre créatrice. C’est probablement le fruit de ces dernières années (2002-2006) que nous livre ce présent opus dans un onirisme doux et angélique qu’exaltent les nombreuses parties instrumentales.

 

Le talent de Jay Dee s’illustre ici sur 28 pistes plus ou moins longues à la manière d’un Donuts, mais alternant parties rappées et morceaux instrumentaux. Le mixage opéré par Pete Rock semble d’ailleurs refléter l’ensemble de l’œuvre de Dilla. On y retrouve une atmosphère qui s’articule entre un minimalisme « Kraftwerkien » et les réminiscences d’Underground Resistance* (« Lazer Gunne Funke », « Cadillac », « Expensive Whip », «Spacecowboy vs. Bobble Head » etc.) L’opus n’hésite d’ailleurs pas à se colorer de quelques beats dont la durée dépasse à peine la minute (« Kaklow (Jump On It)», « Digi Dirt », « Big City »…),  hommage de l’artiste à ces interludes qu’on pouvait écouter sur Fear Of A Black Planet de Public Enemy. L’inspiration de Dilla se veut éclectique et touche aussi bien Fela Kuti, Jack McDuff, Sergio Mendes que John Coltrane et Sun Ra, d’où cette richesse, ce mélange des genres qui en ressort totalement transformé au point qu’il devient difficile de mettre un nom sur un sample. Comme il le disait lui-même « Piller sans faire de mal. Piller pour construire, pas pour détruire, c’est créer à nouveau. »

 

Mais le rap, n’est pas exclu de la sélection. Les featurings sont nombreux et variés (M.O.P, Phat Kat, Blu, Doom, Havoc, Raekwon, Illa J…) Certains titres ressortent de ce vaste ensemble. On retiendra le sinusoïdal « Smoke », le très musclé « Blood Sport » featuring M.O.P, l’anthologique « Dilla Bot vs The Hybrid », le rythme effréné de « Reality TV » ou encore l’excellent « Fire Wood Drumstix » sur lequel Doom pose sa voix délicieusement monocorde.

 

Difficile de résumer une telle somme. Les amateurs et les connaisseurs seront comblés sans aucun doute. Cela faisait longtemps qu’un projet posthume n’avait pas fait tant de bien aux tympans. Alors pour ceux qui hésiteraient encore entre la récente resucée qu’est Dillanthology et ce Jay Stay Paid, le conseil serait de choisir l’inédit même pour ceux qui désirent prendre le train en route quitte à refaire le chemin en sens inverse par la suite.

 

 

 

*collectif techno de Motor City créé par Jeff Mills et « Mad » Mike Banks en 1989. Avec Juan Atkins, Derrick May, leur influence sur la musique électronique fut immense, et contribua à faire de Detroit la capitale de la techno. J Dilla en était un grand admirateur

 

 


Publié dans Rap

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NWA 28/08/2009 19:45

Excellente chro, jai bien aimer cet album sans non plus etre tuerie.

continue comme sa ;)

Crazy Horus 28/08/2009 23:27


Yes merci mec ça fait plaisir de te revoir ! Bon bah moi comme tu peux le voir j'ai vraiment bcp aimé cet album, ça fait du bien un bon Dilla plein d'inédits. On se voit sur 2k !


Sagittarius 15/07/2009 10:29

Un disque immanquable pour tous les fans de Dilla. Ces beats posthumes nous permettent d'entrevoir quelle direction stylistique allait prendre Jay Dee à l'avenir, c'est là qu'on regrette qu'il soit parti trop tôt...

Crazy Horus 15/07/2009 16:47


Ouais vraiment une bonne surprise cet album, je ne pensais plus qu'un tel projet de Dilla aurait pu sortir maintenant. Faut croire qu'il y a encore de la réserve. En tout cas merci pour tes
commentaires c'est sympa. J'actualiserai le site. a +