U God: Dopium

Publié le par Crazy Horus


L’annonce d’un album de U-God peut laisser perplexe et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, à l’instar de Masta Killa ou d’Inspectah Deck, U-God est toujours apparu en retrait par rapport à des membres plus médiatisés comme Method Man, RZA, Ghostface ou feu ODB. Bien sur ceci ne veut pas dire que le rappeur est mauvais loin de là, tout le monde se souvient du mythique punchline qu’il délivrait durant les premières secondes de « Da Mystery of Chessboxin’ » en 1993 :

 

 Raw I'ma give it to ya, with no trivia 
 Raw like cocaine straight from Bolivia 
 My hip-hop will rock and shock the nation 
 like the Emancipation Proclamation 
 Weak MC's approach with slang that's dead 
 you might as well run into the wall and bang your head 
 I'm pushin' force, my force your doubtin' 
 I'm makin' devils cower to the Caucus Mountains 
   

U-God c’est d’abord un caractère bien trempé, une voix rauque, un flow fluide qui accroche peu et qui lui permet de s’adapter à une myriade de beats. Seulement bien que doté de cet organe si singulier, il n’a jamais réussi à convaincre totalement. Il fut d’ailleurs l’un des derniers avec Inspectah Deck et Masta Killa à sortir un album solo intitulé Golden Arms Redemption (1999) qui loin d’être détestable manquait d’une pointe d’ambition. Grosse déception en revanche pour son piètre deuxième opus Mr Xcitement paru en 2005. Entre temps, suite à une brouille avec RZA il fonde son propre clan en 2004 appelé The Hillside Scramblers avec qui il sort un album la même année sans faire de vagues.

 

Après avoir travaillé sur 8 Diagrams, Baby U se plonge dans la réalisation d’un troisième projet en signant chez le très productif Babygrande. En attendant, il lâche une mixtape fin 2008, annonciatrice du futur Dopium prévu pour 2009.

 

C’est avec un pressentiment légitime qu’on aborde cet ultime opus, à l’image de la pochette dont le design (le sigle Wu sous fond de champs de pavot) semble être réalisé sous Paint… Heureusement pour nous, le son n’est pas du niveau du visuel. En signant sur le label Babygrande, U-God a fait appel à de nombreux producteurs encore inconnus jusqu’à aujourd’hui. Une chose est claire, exit Dj Homicide et autres Leathafase en matière de production. Le ton est au renouveau dans une atmosphère typiquement Shaolin comme le démontre la liste des invités : Ghostface, Cappadonna, Killah Priest, Method Man, GZA pour ne citer que les membres du Clan. Il faut dire que Dopium met en confiance dès les premiers morceaux produits par Teddy Ted & J. Serbe. Proches des réalisations souful de Bronze Nazareth, « Train Trussle », « God Is Love » et « Stomp Da Roach » constituent une introduction solide. L’alchimie est palpable. Le sample de cuivres decrescendo de « Train Trussle » se lie parfaitement au flow hargneux de Ghostface et à la technique d’un U-God toujours aussi carré. Les membres du Wu semblent avoir retrouvé de leur superbe, évoluant avec facilité sur des beats qui leur laissent un espace de liberté (le magnifique « Stomp Da Roach »), où la qualité du rap se mêle à des boucles vocales d’une soul gracieuse et à des notes de piano délicatement plaquées (« God Is Love »).

 

On ne le répètera peut être pas assez, mais le travail effectué par Teddy Ted & J. Serbe est remarquable par sa finesse et sa musicalité. A eux seuls ils tiennent presque entièrement l’opus d’une main de maître, distillant une saveur que seuls certains producteurs comme RZA, 4th Disciple, Bronze Nazareth et True Master sont capables de créer. Leur dernier titre « Dopium » conclut d’ailleurs avec manière leur collaboration, grâce à quelques notes d’orgue tenues en haleine sur lesquelles U-God est comme suspendu.

 

Après un tel tour de force, difficile pour les autres de convaincre l’auditoire même si le rappeur tient plutôt bien un rythme parfois effréné (« Lipton »), ou un instrumental étrangement stressant monté sur de rebondissantes basses P-Funk (« Hips »). Néanmoins, de bons morceaux arrivent à rendre l’album presque régulier comme « Coke » featuring Raekwon, Slaine et La Coka Nostra, ou le syncopé « Wu Tang ». En revanche, on pourra déplorer la présence de l’électro « Rims Pokin' Out » qui fait l’effet d’une clameur sans âme ainsi que la resucée de l’excellent « Classic Emergency » de Large Pro sur « New Classic ». Pour ce qui est des trois titres remixés en bonus il sera préférable des les oublier très vite vous comprendrez très vite pourquoi.

 

Dopium reste tout de même un album accessible, plutôt bien produit dans sa première partie et un peu plus négligé dans la seconde. Quelques titres sont à éviter, mais U-God effectue là un retour convaincant.

 

 


 

 

Publié dans Rap

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Sagittarius 15/07/2009 19:30

ça je dis pas le contraire, la présence de Ghost, Meth et Rae ont leur poids ! Après ils ne se lachent pas comme sur le Chamber Music mais ça reste des prestations standards de leur part, donc très bonnes forcément. Après oui les prods ne sont pas si mauvaises ! par contre les remixes, POUARG

Crazy Horus 15/07/2009 19:57


Tout à fait d'accord les remixes sont foireux, grosse faute de gout...heureusement c'est en bonus...ouf


Sagittarius 15/07/2009 10:32

Comparé à son précédent solo (avec l'affreux "Jenny", un vrai cauchemar), c'est facile de trouver cet album meilleur ! Mais à côté de ça, il est vrai qu'il a fait un effort, ceci étant j'ai quand même l'impression que les morceaux sont plus intéressants à écouter (et bons) lorsqu'il y a des featurings.

Crazy Horus 15/07/2009 16:54


Mouais ça dépend. U God n'est vraiment pas mauvais dessus, j'aime bien son flow, il pose toujours aussi bien. Mais comme je l'ai signalé le plus intéressant reste quand même le travail de
production réalisé par Teddy Ted & J Serbe. C'est assez phénoménal. Les feats sont bons aussi, surtout Ghostface sur "Train Trussle".