Mr Lif: I Heard It Today

Publié le par Crazy Horus


Derrière ces lunettes noires et ces dreadlocks véritables pythons capillaires, se cache un talent rare. MC originaire de Boston dont la famille vient de la Barbade, Mr Lif s’engage dans le hip hop comme on entre en politique dès 1994. Son premier EP Enters the Colossus paru en 2000 trouve son auditoire notamment grâce au titre « Font On This ». Par ailleurs en 2005, il collabore avec les Perceptionists (Akrobatik, Mr Lif, DJ Fakts One) avec qui il réalise Black Dialogue. Mais c’est dès 2002 avec son premier opus I Phantom, que le rappeur s’attire les faveurs de la critique underground en s’attachant à décrire la médiocrité de l’Homme qui cherche à assouvir au jour le jour ses rêves dans une société décadente où tout va trop vite. Continuant sur sa lecture politico musicale, Mo’ Mega paru en 2006 et presqu’entièrement produit par le très talentueux EL-P, se voit être le fruit d’une lecture marxiste, celle de la traditionnelle lutte entre deux classes qui composent la société (working class contre ruling class).

 

Mr Lif fait donc partie de ces artistes hip hop porteurs d’un discours extrêmement politisé tels les inoxydables Public Enemy, Immortal Technique, Boots Riley de The Coup, Dead Prez ou encore Paris et dont les racines se trouvent dans les textes des Last Poets, Gil Scott Heron et les Black Panthers. Outre cet aspect purement politique, le son de Lif avoisine les particularités d’un electro-rap original, s’entourant de producteurs atypiques comme EL-P, Edan, Insight etc. Avec son I Heard It Today, il poursuit sur la même sonorité, repoussant toujours un peu plus loin les frontières du rap.

 

Avant tout chose, cet album c’est en premier lieu une pochette intéressante qui résume parfaitement sa vision de la société américaine. Ainsi, il détourne avec malice les symboles du grand sceau des Etats-Unis. Le pygargue à tête blanche est transformé en animal squelettique, tenant entre ses griffes un puits de pétrole et une seringue. Sur son corps repose le drapeau américain dont les bandes rouges et blanches font office de barreaux de prison. Dans son bec, l’oiseau tient la maxime “On the backs of the many so the few can advance” parodiant la formule consacrée “Pluribus Unum” (De plusieurs, un). Au dessus de sa tête, à la place des treize étoiles représentant les Etats d’origine, trône le dollar. Tout un programme…

 

Il faut dire que l’opus commence fort avec « Welcome to the world », savant mélange entre une ligne de basse vrombissante et des cuts incisifs. Le morceau suivant « What about us » continue dans ce même style plutôt classique mais tout aussi efficace. Lif reste tout de même loin des productions simplistes en injectant avec parcimonie une pointe elecro qui s’avère souvent intéressante (« Dawn », « I heard it today », « Gun fight »).

 

Ce qui frappe après une écoute complète de l’album c’est une forte impression de cohésion, comme si un morceau était l’écho d’un autre et ainsi de suite. Le ton général de l’opus reste difficile à décrire, s’articulant sur des sonorités vaporeuses (« Head high »), parfois un peu troubles (« Hatred »), délicieusement brouillonnes (« The sun »), mais qui viennent servir un discours engagé (« Gun fight »). L’aspect presque minimaliste de certains passages (« Breathe », « PNN ») pourra en rebuter quelques uns, mais sachez que cela n’est jamais gratuit…

 

Côté négatif peu de choses à relever si ce n’est la durée du projet qui ne dépasse pas les 40 minutes. Dommage car une dizaine de plus n’aurait pas fait de mal à nos oreilles. Lif signe donc ici son troisième opus avec l’originalité et l’intelligence qui le caractérisent si bien.

 

 


 

           

Publié dans Rap

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