Lushlife: Cassette City

Publié le par Crazy Horus


Depuis ses balbutiements dans les années 1980, le rap est encore et toujours en constante mutation, se nourrissant de divers genres musicaux, absorbant leurs influences et les digérant à sa manière. Derrière ce terme générique qu’est le rap, se trouvent des artistes, producteurs, rappeurs qui ont su et savent encore se remettre en question afin d’éviter le piétinement chronique qui mène à la tombe. Le rap n’est pas mort, loin de là. Ce qui constitue peut être la dernière grande aventure musicale du XXème siècle continue son chemin vers une destination inconnue, comme l’ont fait et le font encore le jazz, le rock, la pop, la soul et d’autres. De toute manière, la musique ne s’arrête jamais, quand bien même un genre semble être tombé en désuétude, il revit partout dans le monde sur platines, chaines Hi Fi ou lecteurs mp3. Quel plaisir alors lorsque l'on découvre quelque chose de neuf, loin des styles invariables d’un genre qui possède malgré tout ses propres codes ! Car là réside la difficulté : s’affranchir des canons tout en restant dans les règles. Le risque de « fourre tout » est bien réel tout comme celui de s’écarter d’un public resté jusque là fidèle. Certains comme Common, Kanye West, Mos Def ou encore The Roots se sont frottés à l’aventure avec plus ou moins de succès qui nourrit des réactions souvent très tranchées : j’aime ou pas, le débat reste sans fin.

En ce qui concerne Lushlife, les réactions seront peut être moins vives car beaucoup moins connu que ceux précédemment cités et en raison d’une discographie courte qui ne permet pas de saisir le changement radical du style. En revanche, si nous replaçons Cassette City dans la constellation hip hop, il est clair qu’il affiche une teinte totalement différente avec ce qui se fait habituellement.

En effet, Cassette City, est le fruit d’un long travail qui fait suite à Oder Of Operations, opus composé d’un jazz/rap enthousiaste. Sur cet album, les sonorités sont différentes. Raj Haldar aka Lushlife assume pour ce projet le rôle de producteur et de rappeur. Véritable musicien, il peaufine ses productions à coups de guitare, de piano et de samples créés par ses soins. Le résultat est là, un album à la structure tel que le rap la présente dans les années 1990 et sur laquelle une touche électro pop vient se greffer magistralement. La part belle est faite aux morceaux instrumentaux ou les longues introductions non rappées. Certains titres s’avèrent planants et transporteurs d’une légèreté subtile et fraiche comme les premières minutes de « Innocence », ou « Meridian Sound (part one) » qui rappellera l’univers des débuts d’M83. Sur tous les titres, Lushlife effectue un travail d’une richesse sensationnelle (« Daylight Into Me », « Innocence Reprise », « The Fall Of Light Brigade », « Meridian Sound (part two)) faisant de chaque morceaux une perle musicale ineffable à l’instar de « Until The Sun Dies » ballade rap teintée d’une pop printanière.

Si Lushlife est un musicien plutôt doué, il prouve par la même occasion ses talents de rappeur, avec un flow énergique et fluide qu’on aurait du mal à soupçonner derrière ses grosses lunettes et son côté « premier de la classe ». C’est grâce à ce talent de plus que l’artiste de Philadelphie créer des titres exceptionnels tels que « Another Word For Paradise » ou « In Soft Focus ». A chaque fois la touche électro pop reste présente, même si parfois elle se fait plus discrète pour laisser la place à un rap plus classique chargé de cuts parfaitement placés (« The Kindess », « The Songbird Athletic »). L’album clôt l’écoute sur un « Meridian Sound (part three) » envoutant fait d’un entremêlement de voix en canon qui vous portera loin, très loin.

Au final, Cassette City est un album étonnant qui brille par sa musicalité sophistiquée et son entrain communicatif. Un projet qui se détache largement des sorties actuelles et qui procure un bien fou. Ne passez donc pas à côté.        

 

 


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SnwogoonS 06/03/2010 15:24


Aye Aye le Lushlife qu'est ce que j'en ai passé des bon moments en compagnie de sa musique, seul gros bémol dont tu n'as pas parlé (c'est que tu n'as pas du le ressentire comme ca) c'est sa
redondance au mic, on finit (sur du long terme) par se lasser un peu, il y très peu de variation vocale, bémol vite oublié quand on voit l'enorme qualité instrumentale

D'apres moi il faudrait prendre son style au mic du premier album et le fusionner à la musicalité du second


Crazy Horus 06/03/2010 23:38


Tout à fait d'accord. Un album vraiment excellent, très sophistiqué et envoutant. J'ai aussi remarqué bien plus tard que le mec tournait un peu en rond niveau flow mais bien après avoir écrit la
chronique. Ca reste une expérience musicale intéressant et raffinée.


Tom 31/07/2009 16:59

Just terrific! Et que de style dans cette chronique! C'est qu'il y met le verbe làdidon!

Crazy Horus 02/08/2009 01:38


T'as écouté l'album bro ?