Raekwon: Only Built 4 Cuban Linx 2

Publié le par Crazy Horus

Après d’incessantes reculades, Only Built 4 Cuban Linx 2 est enfin arrivé. Il faut dire que l’attente aura été longue et la sortie laborieuse afin de donner une suite au mythique premier volet, considéré par beaucoup comme le meilleur album solo d’un membre du Wu Tang Clan. Réalisé durant les années fastes du milieu des années 1990, l’opus a su conserver le style Shaolin, et ce grâce aux productions soulful de RZA (Syl Johnson, Gladys Knight, The Dramatics, Black Ivory…) et à un contrat en or permettant à chaque membre de signer sur la maison de disque de leur choix. C’est alors qu’accompagné de son fidèle acolyte Ghostface Killah rebaptisé Tony Starks pour l’occasion, que Raekwon introduit le style mafioso distillé par une bande sonore extraite de films comme Scarface, The Killer ou The Mack tout en détournant avec finesse à l’intérieur du livret, la cène du Christ pour en faire une réunion de malfrats. Le rappeur se paye même le luxe d’un featuring avec Nas sur « Verbal Intercourse » ce dernier accolant à son nom le substantif d’Escobar qui ne le quittera plus.   

Seulement voilà, toutes les bonnes choses ont une fin. Raekwon avait visé trop haut, jamais il ne réussira à revenir à une telle excellence. Car ce n’est pas Immobilarity (réalisé en 1999 et qui porte assez bien son nom) ni The Lex Diamond Story qui lui permettront de tutoyer une seconde fois la perfection, malgré ses excellentes prestations sur les opus de ses frères d’armes notamment sur Iron Man et Supreme Clientele.

Only Built 4 Cuban Linx 2 dans la bouche du principal intéressé, était donc annonciateur à la fois d’un retour fulgurant sur la scène hip hop et d’un renouveau artistique débridé. Pour cela, le rappeur a semble t-il voulu dépasser le strict sérail peut être trop étouffant du Clan, préférant une palette diversifiée de producteurs tels que J Dilla, Dr Dre, Pete Rock, Eric Sermon, RZA, Marley Marl, The Alchemist etc. Ce retour de l’arrière garde est incontestablement signe de qualité, bien que quelques uns d’entre eux soient en baisse de régime depuis un certain temps… Mais ne boudons pas notre plaisir de voir autant de noms illustres sur un seul opus.

Comme son titre (peu original soit il) le fait deviner, OB4CL2 reste dans la même lignée thématique que le premier volet. Car outre la cover quasi similaire,  l’album injecte une fois de plus des bribes de The Killer (« Sonny's Missing », « Catalina ») ou se contente simplement d’une allusion musicale à un thème du Parrain plutôt réussie («Black Mozart »). Par ailleurs, le style Shaolin a su être conservé par quelques titres dont principalement « New Wu » (sample des Magictones) qui repose sur la prestation remarquable de Method Man, et notamment grâce à des producteurs situés hors de la sphère du Clan mais non moins respectés, comme J Dilla avec son excellent « House Of  Flying Daggers » sur un sample méconnaissable des Four Tops. Seulement les similitudes s’arrêtent là. Le dynamisme est radicalement différent et se fait maintenant beaucoup plus modéré, notamment concernant le flow de Raekwon qui a complètement basculé dans l’uniformité molle, d’où cette fadeur persistante sur des morceaux pourtant bien produits comme « Cold Outside », « We Will Rob You », « Penitentiary » et qui auraient mérité un peu plus d’ardeur et d’entrain. En effet, nous sommes loin de la facilité déconcertante que le MC déployait auparavant, faisant de lui l’un des membres les plus doués du groupe de Staten Island  Heureusement, le Chef n’a pas perdu non plus toute sa verve en nous réservant tout de même de bons passages qui font oublier son insipidité avec des morceaux de qualité comme « Baggin Crack » d’Eric Sermon, « Canal Street » aux violons samplés de « Stop In The Name Of Love » de Margie Joseph ou le percutant « 10 Bricks » de J Dilla.

Si OB4CL2 comporte peu de ratés comme « Brocken Safety » featuring Jadakiss & Styles P, « Have Mercy » featuring Beanie Sigel & Blue Raspberry, son aspect général souffre d’un manque de conviction et de prise de risque. En revanche, l’opus reste riche par le nombre d’invités issus directement de la maison mère que sont les vieux frères Ghostface, INS, Method Man, RZA, GZA, Masta Killah et Cappadonna. Leur collaboration est une des clefs essentielles de la réussite de l’album. Ainsi des titres comme « Mean Streets » (sample des Dramatics) et « Kiss The Ring » (sample d’Elton John) viennent conclure admirablement un projet qui relève le niveau discographique.

Bien que nous soyons loin de la « grosse tuerie » annoncée depuis 2005-2006, l’album reste solide et ce malgré quelques lacunes énoncées plus haut et le nombre impressionnant de pistes (22 + 2 bonus). Il serait donc exagéré de crier au classique comme certains. En revanche, pour les sceptiques, OB4CL2 révèlera probablement ses atouts après plusieurs écoutes studieuses. Au final, cet opus reste une sortie à ne pas manquer, car depuis le temps qu’il est annoncé il serait dommage de passer à côté.


Publié dans Rap

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Victor 24/09/2009 18:12


C'est vrai qu'il manque quelque chose à cet album pour devenir un classique, et que c'est dommage que la tracklist soit si longue, mais je te trouve un peu dur avec l'album : il est vraimeznt bien
produit dans l'esprit Wu-Tang et puis au niveau du mic, c'est plutot bon. J'aurais au moins mis 4 disques :)

Toute façon, une review est prévue chez moi aussi, t'auras mon avis plus détaillé ;)


Midnight-Marauder 22/09/2009 21:05


Encore une chronique excellente !! C'est vrai que y a vraiment trop de titres, le début est bon et le milieu un peu creux mais bon ... Y a de très bons morceaux comme New Wu, Gihad, Black Mozart,
House Of The Flying Daggers, ... Y a surtout un esprit Wu beaucoup plus présent que sur 8 Diagrams, c'est évident, et c'est un point fort pour moi :D

PS : nouveaux achats sur mon blog, ça devrait te plaire, avec une question à la clé à laquelle je crois que tu saurais répondre :p