Finale: A Pipe Dream And A Promise

Publié le par Crazy Horus


Ha ! Detroit. Ville portuaire au charme incertain (surtout en hiver), dont la population ne cesse de décroitre depuis les années 1950 et qui assiste impuissante au chassé croisé continu entre ceux qui partent (population blanche) et ceux qui prennent leurs places ingrates dans le cœur urbain (population noire). Un air de déjà vu quelques années auparavant à New York…. Ville ouvrière, elle a vu se développer une forte industrie automobile avec à ses pieds, une main d’œuvre toute fraiche et corvéable. Motor City semble vouloir pourtant faire oublier cette atmosphère blafarde et cafardeuse dans les années 1960, en accueillant le siège de la Motown afin de devenir la capitale de la soul. Car Detroit vit de musique. Probablement une manière comme une autre de pallier à l’austérité ambiante des usines, et de la longue file d’ouvriers qui tête baissée, se rendent vers leur travail abrutissant. Dès lors, la ville voit naître un bouillonnement culturel impressionnant, accueillant un vivier d’artistes talentueux et mythiques tels que Diana Ross, Iggy Pop et les Stooges, le sulfureux groupe punk rock MC5, et plus tard Juan Atkins, Jeff Mills, J Dilla, D12, Black Milk et bien sûr Finale.

Digne héritier des précédents nommés, Finale est un MC conscient du passé socioculturel de sa ville natale qu’il cite d’ailleurs souvent. En France on le connaît surtout grâce à son projet réalisé avec le producteur nippon Spier 1200 intitulé Develop, et qui fut une excellente surprise. Alors qu’en est-il d’A Pipe Dream And A Promise ?

On peut affirmer sans hésiter une seconde, que ce dernier opus est une belle réussite et ce pour une raison essentielle qui concerne la liste des producteurs susceptible de rendre jaloux quelques uns dans le milieu. Car aux côtés du maître Dilla, figurent des virtuoses comme Black Milk, Khrysis, Flying Lotus sans oublier Kev Brown à qui on doit l’excellent solo I Do What I Do paru il y a maintenant quatre ans. Le résultat est impressionnant. S’y exhale une sorte d’urgence dramatique mêlée à une soul salvatrice comme en témoigne « Arrival And Departure ». Dans sa globalité, A Pipe Dream And A Promise fait preuve d’une belle cohésion, liant des titres teintés de l’electro-rap froid habituel de Khrysis (« The Waiting Game ») à des productions alertes du type « One Man Show » de Black Milk ou « Style » de Kev Brown. L’opus semble par ailleurs partager une filiation musicale avec Detroit, d’où ces sonorités bourdonnantes presque abstraites (« Motor Music », « Heat ») enchevêtrées d’une soul suave mâtinée (« A Pipe Dream And A Promise », « Brother’s Keeper », « What You Mean To Me »). C’est donc sous le macadam ravagé de la ville écorchée par les décennies que la vie reprend forme, perçant cette croute corrodée à la façon de « Pay Attention », telle une renaissance.

De son côté, Finale fait preuve d’un charisme certain. Son flow atteint un niveau technique qu’on ne lui connaissait pas (« Jumper Cables », « The Senator »). Alternant vitesse, phrasé fluide et souple, le MC risque de faire de l’ombre et par la même occasion entraîner une émulation saine. Le rappeur se risque même à poser sur un beat extrêmement lent, à des lieues de ce que le rap propose habituellement. Ainsi sur « Issues », Finale s’installe sur un instrumental éthéré, à la beauté pure.

Avec un album de cette qualité, le rappeur du Michigan nous dévoile une partie de lui plus complexe et moins conforme aux standards traditionnels. Detroit continue malgré sa dureté implacable à faire naître des talents capables de percer la grisaille coutumière qui l’entoure. Finale apparaît désormais comme un des représentants majeurs de la scène « locale ». Il ne lui reste plus qu’à convaincre au-delà des lacs Sainte-Claire et Erié bien que ce soit chose faite à l’heure qu’il est.

 



Chronique publiée pour rap2k

Publié dans Rap

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