Ali : Le Rassemblement

Publié le par Crazy Horus

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Cinq ans après son premier opus Chaos Et Harmonie, Ali nous revient avec un album intitulé Le Rassemblement épaulé par l’inépuisable collectif 45 Scientific. Alors que son ancien acolyte Booba vient tout juste de sortir sa dernière galette dont le titre (Lunatic) semble vouloir raviver les flammes du passé, l’autre moitié du duo des Hauts-de-Seine prend le contre-pied en prônant l’Unité. Pas l’temps pour les regrets…

La face cachée de la lune

Si de Lunatic Booba représentait la côté brut, impétueux, lancé les yeux fermés dans des métaphores à la beauté truculente, Ali rééquilibrait le tout grâce à une personnalité plus posée qu’il affirmait sur des lyrics teintés de religiosité et d’une certaine conscience sociale. Après la séparation du sulfureux doublon en 2003, chacun a suivi sa voie respective dans le style qui le qualifiait le mieux. Alors que Booba plongeait de plus belle dans les affres du rap hardcore avec l’excellent Temps Mort (2002), Ali poursuivait sa quête rapologique sur fond de spiritualité grâce à son premier album Chaos Et Harmonie (2005). Désormais, c’est un gouffre qui sépare les anciens frères.

A l’évidence, Ali n’a jamais connu le succès de son ancien acolyte, ce dernier enchainant les disques d’or à une vitesse incroyable et dont le style continue à faire couler beaucoup d’encre. Personnalité plus effacée, plus détachée du monde matériel, Ali a toujours vécu à l’écart de l’éclat aveuglant de la quincaillerie d’apparat. Son dernier opus sobrement titré Le Rassemblement, arrive ainsi à point nommé, en s’inscrivant une nouvelle fois en opposition avec le rap matérialiste.

Comme un soleil levant

Produit en grande partie par une des pierres angulaires de 45 Scientific (Géraldo), mais aussi par des affiliés comme Hi-Fi, Cris Prolific, DJ Strech ou encore Aurélius, Le Yo et 21Grams, cet ultime album conserve un savoir faire jusque-là sauvegardé. Les sonorités, bien que légèrement ancrées dans la fin des années 1990 n’en restent pas moins contemporaines et adaptées au flow linéaire du MC. Le Rassemblement, ou carrefour de la complexité de l’Homme, où se croisent Allah, l’intégrité, la tolérance, le positif, la souffrance, autant de thèmes abordés à travers des métaphores élégantes à l’image de « Fluide » dont « la médisance est comme un feu qui face à l’eau disparait. » Empli d’une sérénité communicative, Ali  – qui n’a jamais fait mystère de sa dévotion – s’inscrit comme une sorte de garde fou, à l’heure où les amalgames sont légion. Il se tient solide face à cet ego menaçant, en appelant au collectif face à l’individualisme pernicieux sur « Tsunami » dont la production de haute volée renforce le caractère fixe du ton. Même son de cloche sur le morceau d’ouverture « Soleil Levant », chassant une bonne fois pour toute la rengaine qui habille souvent les références religieuses, plaçant Ali face à son salut de manière poétique.

Que l’on soit croyant ou non, cet ultime opus reste rempli de valeurs respectables qui tordent le coup aux extrémismes en tout genre. Irrésistiblement tourné vers le positif comme l’affirme le convaincant « Positive Energie » ou encore « Opérationnel » à la teinte glaciale, Ali se dote d’une plume svelte mise en exergue par un flow monocorde. Point faible ou point fort c’est selon, toujours est-il que ce flow linéaire reste sa marque de fabrique depuis le milieu des années 1990.

Bien que l’album perde en intensité sur des morceaux comme « Livre Céleste », « Piège De Cristal », « Briseur D’Illusions » et que les thématiques abordées font état d’une certaine redondance, ce dernier n’en demeure pas moins un opus de qualité dont le fond et la forme tranchent assez nettement avec les récentes sorties  françaises. Un retour aussi sincère qu’humaniste.

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Quentin 24/01/2011 11:20


Je n'ai jamais aimé Ali. Ses couplets dans Lunatic m'ont toujours gonflé. Néanmoins il est vrai que l'alliance avec B20, le "mauvais garçon", créait une sorte d'harmonie. Les passages d'Ali
permettaient de souffler après les punchlines de Booba.
Mais là il me fait penser à tous les rappeurs comme Kery J, ROhff, Soprano qui parlent de religion, de tolérance... Mais si tu creuses un peu tu constates que ces mecs sont avant tout des abrutis
remplis de clichés sexistes, racistes ou homophobes. Booba a au moins le mérite d'assumer et de ne pas jouer sur des faux-semblants. C'est un beauf qui veut faire des thunes et il le dit. C'est ça
que la concurrence n'a visiblement pas compris.
En tout cas le rap moraliste et soi-disant socialement conscient n'a selon moi, aujourd'hui, aucun sens.


Crazy Horus 24/01/2011 12:11



c'est un point de vue ouais, je ne partage pas tout ce que dit Ali d'aiileurs. Mais ce que j'aime chez liui c'est son écriture. J'aime moins le côté religieux de ses textes car en tant qu'athée
convaicu ça me dérange toujours. L'assujettissement de l'Homme à Dieu je trouve ça un peu flippant. Sur cet album j'ai essayé de faire abstraction de tout ça, ça n'a pas été facile mais il y a un
bel exercice de style et que je trouve intéressant. En gros ce que je retiens de ce skeud, c'est la plume. Après je ne connais pas les propos racistes d'Ali, quant à l'homophobie vu les postures
que nombre de rappeurs adoptent face à ça (et que je déplore au passage), je pense qu'il n'est pas le seul malheureusement dans ce cas. Booba par exemple pour ne prendre que lui. D'un point de
vue du flow et de l'esthétique j'ai toujours préféré l'époque de "Seul le crime paie".