Blakroc : Blakroc

Publié le par Crazy Horus

 

blakroc

Le rap a toujours été une sorte d’éponge s’imprégnant des styles musicaux préexistants tels que le jazz, le funk, la soul et le rock. C’est d’ailleurs la fusion avec ce dernier qui a permis au Hip Hop d’écrire ses plus belles pages. Car dès le début des années 1970 jusqu’aux années 1980, les DJ des quartiers dévastés du Bronx, du Queens et de Brooklyn par le biais de leurs sound systems trafiqués directement inspirés de la grande vague qui a sévi en Jamaïque dans les années 1960, balancent à la face des B-Boys excités des breaks phénoménaux dénichés avec patience et dans le secret. L’émulation est totale. Certains comme Afrika Bambaataa ou DJ Kool Herc se font vite un nom, l’époque est à celui qui trouve LE break qui tue. A ce petit jeu le rock est très tôt convoité en raison dès phases rythmiques qu’il propose. Ainsi, les Santana, les Rolling Stones, et autres Led Zeppelin trouvent une seconde vie dans les mains de ces artistes illuminés. Avec l’apparition du sampling, le rock sera mis encore un peu plus à contribution et donnera naissance à des morceaux dantesques comme « Signifying Rapper » de Schoolly D qui bien avant Puff Daddy aura le génie d’accrocher le « Kashmir » de Led Zeppelin à un beat métallique, RUN DMC sur "Walk This Way". Si certains comme les Beastie Boys issus au départ du mouvement punk glissent furtivement vers un rap explosif, d’autres comme Ice T et son Bodycount versent dans le hard sans aucun complexe. Les frontières sont brouillées, mais le respect est mutuel, à l’image de la collaboration entre Public Enemy invitant les métaleux d’Anthrax sur une nouvelle version d’un de leur plus gros tube « Bring The Noise ».

Ce crossover récurent n’entachera que rarement l’image de ces deux genres musicaux majeurs. Les initiatives naissent de toute part, l’inventivité reste intacte. C’est d’ailleurs cette fois-ci sous l’impulsion du taulier de Roc-A-Fella Records, Damon Dash, que le projet Blakroc parait en 2009. Avec l’aide du producteur Joel Hamilton, il élabore un opus commun entre le groupe blues-rock de l’Ohio The Black Keys et une pléiade de rappeurs dont la renommée n’est plus à faire (Mos Def, ODB, RZA, Pharoahe Monch, Raekwon, Q-Tip…). Hormis une pochette soigneusement ratée dont le kitch risque d’en rebuter plus d’un, Blakroc tient ses promesses. L’album fait l’effet d’une bombe H dont la déflagration risque fort de se faire sentir encore quelques années. Car ce rap-rock classieux est sans conteste une des plus belles créations jamais réalisées dans le genre, allant jusqu’à ressusciter un ODB érigé au rang de rock star sur « Coochie » à la veine quasi punk. Bardé de riffs psychés « Dollaz & Sense » jette les bases d’un rock-rap flamboyant entre le flow saccadé de RZA et l’assurance magistrale de Pharoahe Monch. Quant à « What You Do to Me », un délicieux parfum opiacé s’exhale du triangle ensorceleur Billy Danze-Jim Jones-Nicole Wray.

Blakroc possède un pouvoir envoutant indéniable et irrésistible (« Telling Me The Things » featuring RZA), il est inutile de résister. Par deux fois Mos Def renoue avec sa passion pour les ambiances électriques et languissantes (« On The Vista », « Ain't Nothing Like You ») l’expérience en devient transcendante. Mais ce projet audacieux sait aussi dévoiler un côté à la fois rugueux et épuré, un brin sauvage plutôt bien amené (« Hope You’re Happy » featuring Billy Danze, Q-Tip, Nicole Wray, « Stay Off the Fuckin’ Flowers » featuring Raekwon) gagné par des morceaux sulfureux tels que « Hard Times » et « Done Did It » dont la voix de NOE ressemble à s’y méprendre à celle de Jay Z.

On pourra dire en tout cas que Damon Dash aura eu un flair pour le moins aiguisé pour imaginer cet assemblage baroque qui s’avère être de qualité. Dan Auerbach et Patrick Carney parviennent à injecter un rock-blues vaporeux ceinturé d’accords corrosifs à la saveur métallique. Une manière intéressante d’allier rap et rock qui encore une fois se révèle être un mélange bouillonnant d’imagination et d’audace.

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Publié dans Rap

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Victor 09/01/2010 22:08


J'ai beaucoup aimé, cependant, je m'en suis lassé un peu vite, je sais pas, je trouve qu'il manque de mélodies plus accrocheuses pour faire passer le tout à un autre niveau ! Mais ça reste un opus
vraiment appréciable !


escobar56 05/01/2010 19:59


Bon tu vois j'ai acheté l'album hier soir car j'avais vraiment envie d'un peu de son neuf. Et après 2-3 écoute je suis un peu déçu. Je m'attendais à un truc plus classieux je pense, moins
métallique et peut être plus chaleureux. Mais ce genre de crossover est toujours difficile à appréhender au début donc je vais multiplier les écoutes quand même.

Par contre je te consigne, de près la cover est encore plus ignoble.


1989 Somethin' 03/01/2010 18:33


C'est vrai ça, bonne année à toi aussi homie! Qu'elle soit riche en bon Hip-Hop, en bonnes chroniques et que ton blog devienne plus populaire que Rap2K! Word.


escobar56 03/01/2010 12:32


Bordel je n'ai toujours pas écouté cet opus. Pourtant les 2 singles me font diablement envie. Maintenant que les vacances se terminent, je vais pouvoir me reconcentrer à fond sur le son et donc
mettre la main sur ce skeud. En plus je l'avais commandé à Noël et je ne l'ai même pas eu. Snif !

Bonne chro sinon, comme toujours ;) Happy New year à toi d'ailleurs.


1989 Somethin' 02/01/2010 14:38


Bonne surprise qui n'en est pas vraiment une pour ce projet audacieux et électique.
Je vais commencer par les choses à déplorer pour moi pr ce skeud: déja, je ne connaissais pas du tout NOE et je trouve que le mec n'apporte rien car, en plus d'avoir la même voix que Jigga, il
arbore le même flow, et quasi les mêmes intonations, c'est flagrant sur Hard Times et un peu moins sur le bon Done Did It, mais s'en est troublant et dsagréable. J'ai pas non plus trop acrroché à
On The Vista avec Mos Def, un peu plat, et la perf de Mos m'a laissé totalement indifférent sur la track. J'suis pas fan non plus de Dollarz & Sense, RZA est anecdotique dessus, heureusement
que le Pharaon tient le morceau à bout de bras.
Bref, à part ces quelques morceaux, le reste est un sans fautes pour ma part. L'entame nous met en alerte directement avec ce duo aussi excentrique que surprenant. Que c'est bon d'entendre à
nouveau ODB, et Luda n'a vaiment pas à palir face lui, confirmant son statut de performer incroyable, pour un échange très plaisant de la part des 2 MCs.
Ain't Nothin' Like You est juste magique, cette instru me retourne complètement, Mos assure et j'arrive même à supporter Jim Jones, qui signe un texte propre et une performance soigné, même si au
mic il reste toujours aussi limitié. RZA se rattrape sur le sympa Telling Me Things. Stay Off The F***** Flowers pète bien, avec une prod. bien sombre taillée sur mesure pour Raekwon, même si la
ligne de basse sonne déja entendue. Why Can' I Forget Him, What You Do To Me et Hope You're Happy tuent bien aussi.
A noter que Billy Danze tire bien son épingle du jeu, constant sur les 2 morceaux sur lesquels il performe et assure des passages remarquables, tout comme la très présente Nicole Wray qui est
parfaite sur toutes ses apparitions.
Un très bon disque pour ma part, les Black Keys font un taff remarquable, l'ensemble est homogène mais pas répétitif. Ce mélange Rap/Rock est incontestablement une réussite. Et je rouve la cover
plutôt belle, sans prises de risque certes, mais plutôt appétissante.

Chro' toujours aussi propre, pertinente et intéressante avec ce court et habile résumé de l'historique du mélange Rap/Rock. J'aurais juste ajouté les Run DMC, qui ont souvent touché à ses
sonorités, notamment avec le légendaire remix de Walk This Way avec le groupe Aerosmith.


Crazy Horus 02/01/2010 21:16


Sympa ton commentaire, toujours intéressant de comparer avec toi vu que tu détailles ton argumentaire ;)
Pour Run DMC j'y ai pensé mais j'ai hésité à le mettre j'avais peur d'en faire un peu trop. J'aurais pu aussi parler de Rage Against The Machine, Cypress Hill, LL Cool G et même de The New Danger
bien que j'en parle implicitement. Y a de quoi faire !

Le genre d'album qui m'a bien marqué pour l'année 2009. Bonne année à toi au fait.