Ghostface Killah : Apollo Kids

Publié le par Crazy Horus

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Depuis 1993, Ghostface Killah est à placer dans la catégorie des poids lourds du Hip Hop. Rien ne lui résiste, que ce soit  sur scène ou en studio, ce dernier fait consensus au point qu’il devient difficile pour ses confrères d’éviter l’ « outshinage » en règle que l’on a pu observer dernièrement sur le Wu Massacre. Car, à l’inverse de ses camarades du Wu, Tony Starks est parvenu à conserver une régularité artistique de haut niveau, due notamment à un flow inoxydable, au point de créer un fossé – que dis-je un gouffre – entre lui et les membres de la Wu Fam’ originelle. Avec deux classiques à son actif, Iron Man (1996) et Supreme Clientele (2000), Ghost s’est offert une discographie d’une qualité rare et dont la particularité est de suivre une ligne résolument soul, invoquant alors les grands noms de la musique noire que sont Al Green, Sam Cooke, Lamont Dozier, Baby Huey, Solomon Burke, Isaac Hayes… Après l’écart RnBisant de son dernier album Ghostdini : Wizard Of Poetry In Emerald City, le MC du Clan nous est vite revenu dans les cadres qu’il affectionne le plus.

Soulful forever

La parution d’un nouvel album de Ghostface a toujours été un évènement en soi, et ce dernier opus ne déroge pas à la règle. Annoncé depuis peu, Apollo Kids – dont le titre n’est pas sans rappeler cette sublime production d’Hassan sertie de son sample de Solomon Burke (”Cool Breeze”) – a gentiment fait monter la pression pour arriver tranquillement jusqu’à nos tympans avertis. Fini les déclamations libidineuses et les fantasmes oniriques de Ghostdini, Apollo Kids revient aux fondamentaux. En se détachant très vite de la production exclusive de RZA depuis Supreme Clientele, Dennis Coles n’en est pas moins resté un aficionado des boucles soul qui ont fini par lui coller à la peau. Chose intéressante à noter, mis bout à bout, les morceaux du natif des projects de Stapleton (Staten Island) pourraient s’apparenter à une gigantesque anthologie de la black music. Vous l’aurez compris, la venue d’Apollo Kids ne fait qu’allonger encore un peu plus la liste. Alors retour à la règle ou dépassement de soi ?

Housework

Une fois n’est pas coutume, le maître chanteur du Wu Tang, RZA, ne vient pas accoler son nom à ce projet scolaire. Qu’importe, puisque la liste des beatmakers reste de bonne facture notamment grâce à la présence de Pete Rock, Scram Jones, Jake One ou Frank Dukes. Chacun se plie aux convenances de Mr Tony Starks pour que l’album résonne d’une manière toute particulière. Si la variété des producteurs prouve encore une fois l’éclectisme de ce dernier, la diversité des featurings n’en demeure pas moins hallucinante. Si la Wu Fam’ imprime de manière nette sa présence (Raekwon, Method Man, GZA, Killah Priest, Cappadonna, U God), d’autres monstres du microphone viennent garnir ce bestiaire incroyable : Busta Rhymes, Redman, The Game, Jim Jones, Joell Ortiz ou encore Black Thought pour ne citer que les plus connus. Au delà de l’effet spectaculaire de cette pléiade d’artistes, celle-ci vient surtout souligner (une fois de plus) le fait que Ghostface a su rendre intact son charisme fédérateur. Encore faut-il savoir l’utiliser à bon escient.

Au premier abord, Apollo Kids rassure. “Purified Thoughts” introduit l’album de manière admirable sur des choeurs harmonieux transpercés par les skillz redoutables du trio infernal Ghost-GZA-Killah Priest. Point fort de l’album, les productions de Frank Dukes placent l’auditeur devant un niveau d’exigence plus qu’appréciable. Des riffs cinglants empruntés à Duralcha qui lacèrent “Black Tequila”, à la lourdeur implacable des accords de “In Tha Park”, Dukes injecte un souffle créatif appréciable.

Mais chassez le naturel il revient tout de suite au galop. Ghost reste avant tout fidèle à sa ligne directrice qui a fait ses heures de gloire depuis  presque quinze ans. De nouveau, les samples signés Bigg Mizza (”Street Bullies”), Yakub (”2getah Baby”), Shroom (”Superstar”) et Anthony Acid (”Ghetto”) invitent respectivement dans la danse les traits furtifs de grands noms tels que Millie Jackson, The Intruders, Roy Ayers et Marlena Shaw. Les fondamentaux sont bel et bien présents au risque d’annihiler l’effet de surprise, à un tel point que certains morceaux comme “How You Like Me Baby” de Pete Rock partagent des similitudes troublantes avec le style Wu Tang. Après tout, Ghostface fait ce qu’il sait faire le mieux et ne s’en cache pas. Malgré la fadeur convenue de certains titres, Apollo Kids se préserve de tout dérapage incontrôlé. L’ensemble est maîtrisé du début à la fin et mené à vive allure, au rythme d’un flow vif et alerte sur lequel le temps ne semble pas avoir de prise. Reste à savoir si Ghostface désire continuer encore longtemps de cette manière. Toujours est-il qu’il n’est pas près de stopper sa productivité de si tôt si l’on en juge par ses futurs projets notamment avec la suite de son Supreme Clientele.

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Chronique publiée pour NeoBoto.com

Publié dans Rap

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Commenter cet article

drill 11/01/2011 13:46


j'hésite vraiment à l'écouter cet album après l'année merdique du Wu, j'avoue que ça me coupe la chique


Crazy Horus 11/01/2011 14:14



Pour les prods de Frank Dukes écoute le car je trouve que ce mec a du talent. Après l'album en lui même n'est pas mauvais, on commence à voir les limites de Ghost en matière de créativité. La
vague souful sur laquelle il surfe depuis 1996 est franchement redondante. Ma petite analyse sur le Wu cette année en comparaison à l'année dernière : http://neoboto.com/les-deceptions-de-2010/