John Robinson & J Rawls are : The 1960's Jazz Revolution Again

Publié le par Crazy Horus


The 1960's Jazz Revolution Again, voilà un projet qui ne passe pas inaperçu tant il affiche une volonté presque trop ambitieuse. Le rap-jazz n’est pas nouveau loin de là, mais il semblerait que le titre doive être pris dans le sens où l’alliance entre le jazz et le rap constitue une sorte de révolution dans la révolution pour paraphraser la phrase de Régis Debray. Le jazz comme le rap ont été des courants musicaux révolutionnaires, et l’association de ces deux genres (l’exemple le plus affirmé reste sans nul doute le premier Jazzmatazz) rend la chose encore un peu plus subversive, comme l’était le jazz dans les années 1960. Car cette décennie restera celle de l’ouverture aux autres cultures musicales, comme l’atteste le révolutionnaire Beatches Brew (1969) de Miles Davis, qui opère une fusion avec le rock, un peu à la manière d’un Frank Zappa dont le cheminement est inverse. On notera par ailleurs, que plus tard, en 1991 Miles Davis repoussera encore un peu plus les frontières en réalisant Doo-Bop avec la participation d’Easy Mo Bee, manifeste électro-rap-jazz d’une subversion insupportable pour les puristes. L’idée de The 1960's Jazz Revolution Again est donc à prendre dans cette conception.

Quoi de plus naturel alors pour ces deux rappeurs/producteurs accoutumés aux sonorités jazzy, que de réaliser un opus totalement dédié à un style qui leur est cher. Chacun a été amené à travailler sur des projets audacieux : J Rawls fondateur du duo The Lone Catalysts a collaboré avec Mos Def et Talib Kweli sur Black Star, J-Live, Declaime, Slum Village… Quant à John Robinson aka Lil Sci, sa réputation n’est plus à faire entre son groupe Scienz Of Life et ses projets en solo, dont son dernier Who is this man ? intégralement produit par un (MF) Doom sur le retour. 

Cette année aura été riche en sortie rap-jazz, et cet opus rajoute une pierre à l’édifice sans pour autant se démarquer  plus que ses confrères. Reste tout de même que l’album constitue un ensemble de très bonne facture, et ce grâce à une orchestration plutôt fine qui lui confère un smooth particulier (« Know U » feat Invizible Handz).

Mis à part « Relax Ur Mind » qui vient vulgairement briser le ton général, l’ambiance reste cohérente, hésitant entre un boom-bap percutant un poil trop rare (« Jazz Unconditional », « Shooting Smack »), et un jazz soyeux assez bien valorisé (« It’s Jay Are », « Love Me Good », « 1 Of The Greatest »). Tout réside dans la retenue. En effet, peu de place faite à la folie, aux envolées cuivrées d’un free-jazz, ou aux excentricités acides à la IsWhat?!. Rien de tout ça ici. La pondération est le maître mot. La ligne directrice quasi cool-jazz produit des merveilles de douceurs comme les distingués « The Lee Morgan Story », « She’s So Brilliant », ou encore « We Make The Rules » qui clôt l’opus sur un chœur aérien de toute beauté.

De manière globale on est en droit de reprocher un manque de mordant qui aurait pu rendre l’album beaucoup plus percutant, plus relevé et moins noyé dans la masse. L’ennui risque probablement de pointer le bout de son nez étant donné le peu d’ardeur que dégagent certains morceaux tels que « The 1960’s Jazz Revolution Again » et « Type Sounds ». C’est un parti pris assumé semble-t-il.

Force est de constater que sorti de nulle part, The 1960's Jazz Revolution Again finit tout de même par s’affirmer bien qu’il ne dégage pas l’originalité qu’on aurait pu attendre. Les amateurs seront facilement séduits par le travail de production, et le style feutré de John Robinson qui fait ici forte impression. A croire que le rappeur ne cesse de crouler sous les projets intéressants. Espérons que le duo remettra un jour le couvert. 

 

Chronique publiée pour rap2k.com

Publié dans Rap

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Victor 12/12/2009 00:56


C'est plutot pas mal comme album et ça se laisse écouter, mais comme tu l'as dit, ca restera pas dans les annales du fait d'un manque de mordant et d'originalité. Dommage !


iki 04/12/2009 18:29


Doo-bop reste un album très intéressant à écouter pour les fans de hip hop jazzy. Même si cet album ne fait pas l'unanimité, c'est une expérience musicale qu'il faut faire au moins ne fois.


Sagittarius 29/11/2009 19:54


Et encore un album à m'acheter... j'me ruine rien qu'en regardant ma wish list (OC & AG, Wale, le dernier GFK introuvable... et ça). Même si la note a de quoi rendre hésitant, la chronique me
parle !