Raphael Saadiq : Stone Rollin'

Publié le par Crazy Horus

 

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Deux ans après le plébiscite de The Way I See It, Raphael Saadiq rend une nouvelle fois hommage à la musique noire de ses pairs avec cette facilité qu’on lui connaît. Après avoir campé un registre soul inspiré par la fièvre créatrice des années 1960, le californien a décidé de se frotter aux cordes résonnantes du blues-rock et à la rythmique élégante du bon vieux RnB. Rencontre avec ce nouvel album judicieusement intitulé Stone Rollin.

Le savant dosage entre l’ancien et l’actuel

New jack, RnB, neo soul, retro, Raphael Saadiq n’a cessé de voguer au gré des vibrations de la black music depuis ses débuts au sein du groupe Tony ! Toni ! Toné ! Un style caméléon associé à un physique androgyne qui lui permettent de se fondre avec grâce dans un bouillon musical moderne et en constant mouvement. Mais c’est durant les années 2000, notamment à partir d’Instant Vintage (2002), que ce multi-instrumentiste a trouvé une place de choix au sein de la scène neo soul en produisant des artistes comme Mary J. Blige, D’Angelo, Joss Stone ou John Legend. Ainsi, son empreinte résolument contemporaine teintée d’une touche qualifiée de « rétro » fera mouche en 2008 avec The Way I See It, opus à la beauté ineffable et fortement inspiré des années 1960. Deux ans ont passé et Raphael Saadiq semble vouloir avec son dernier né, défricher toujours un peu plus un répertoire qui lui est cher. Stone Rollin ou comment faire du rock n soul à l’ancienne en 2011.

Si The Way I See It orientait l’artistique vers un horizon résolument soul, ce nouvel album ne s’éloigne que très peu du crédo musical insufflé en 2008. Moins exclusif et plus ouvert, Stone Rollin est à la croisée de la soul, du rythm and blues, du rock et du blues. Un vrai casse-tête pour les colleurs d’étiquettes qui aiment caser les choses dans des carcans souvent trop étroits et réducteurs. Certes, l’album conserve une trame soul, mais pas que. Une fois n’est pas coutume, Raphael Saadiq s’est entouré de personnes au background qui en impose tels que Larry Dunn figure légendaire d’Earth Wind And Fire, et le fidèle Paul Riser connu pour son travail remarquable auprès d’artistes comme Diana Ross, Stevie Wonder, Marvin Gaye, The Temptations, Martha Reeves ou Lamont Dozier. Un savoir faire bien rodé depuis la fin des années 1950 mis au service d’un album qui flirte avec l’essence musicale de la deuxième moitié du XXème siècle, actualisé grâce à la présence de musiciens comme Robert Randolph et Yukimi Nagano du groupe Little Dragon. Autant dire que Saadiq a su une nouvelle fois jouer la carte fédératrice autour d’un projet qui bénéficie d’une valeur ajoutée indéniable.

Stone Rollin : pari réussi ?

Avec un pareil titre, difficile de ne pas penser au mythique groupe londonien emmené par le duo terrible Jagger-Richards. Clin d’oeil à des racines communes enfouies dans le rock and roll frénétique de Little Richard et Chuck Berry ou le blues profond de Muddy Waters et Little Walter. Un héritage réaffirmé par Saadiq sur ce Stone Rollin aux arrangements aériens (« The Answer », « Go To Hell ») qui relèvent d’une subtilité jusque-là récurrente dans le travail du soulman. La finesse de l’exécution vocale rejoint ainsi l’adresse rythmique sur des morceaux pétulants (« Radio ») et délibérément expressifs (« Heart Attack ») à la manière d’un Bo Diddley ou d’un Buddy Guy. A l’image du morceau-titre, l’album sourde un son proche des grands standards « stoniens » entre riffs de guitare bien sentis et courtes irruptions à l’harmonica. Bien que véhiculant un rock dense, Stone Rollin conserve une saveur soul prégnante distillée sur des titres suaves comme « Good Man » ou « Movin’ Down The Line ». Un parti pris logique pour un chanteur de ce calibre mais qui peine parfois à convaincre entièrement. Car là où The Way I See It avait su injecter de la fraicheur dans ses compositions, Stone Rollin s’avère légèrement plus fade, probablement en raison d’un effet de surprise mitigé. En mettant l’accent sur les cordes, Saadiq parvient tout de même à échapper à la resucée qui était à craindre. L’effet recherché est ainsi réussi, l’album déroule son fil musical sans le moindre accroc avec un grain vintage particulièrement délectable.

Reste à savoir si Raphael Saadiq compte prendre racine encore longtemps dans ces revivals qui à défaut d’êtres originaux savent se rendre appréciables.

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Chronique publiée pour NeoBoto.com

Publié dans Soul-Funk

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