Redman : Reggie

Publié le par Crazy Horus

 

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Voilà presque vingt ans que le Funk Doctor distille son groovy-rap à travers ses albums solos et ses multiples collaborations avec EPMD, le Hit Squad ainsi qu’avec son compagnon de calumet Method Man. Un parcours remarquable pour celui qui s’est frotté au rap grâce à un concours de circonstance lors d’une soirée dans un night club du New Jersey où il officiait comme DJ, et qui par le plus grand  des hasards s’est retrouvé le mic en main pour aussitôt être repéré par Erick Sermon. Depuis ses premières rimes en 1991 sur Business As Usual d’EPMD, Redman s’est fendu d’une des plus belles discographies du genre. Malgré un essoufflement certain pointé sur Red Gone Wild paru en 2007 sur le label Def Jam auquel il reste indéfectiblement lié, Redman effectue cette année un virage surprenant. Son dernier opus intitulé Reggie, en référence à son alter ego assumé vient ainsi légitimer une nouvelle direction artistique. Attention le choc risque d’être rude.

Ain’t no funk…

Si le MC natif du New Jersey nous a habitués à ses lyrics enfumés gorgés de références coquines envers la gente féminine, le tout servi dans un bouillon funk abrasif à faire pâlir d’envie les cats de la West, force est d’avouer que cette ultime galette est d’une radicalité rare… Adieu les boucles funky étouffées sous des lignes de basse grasses, exit la touche personnelle de Sermon, la césure est nette et surprenante. Certes, bien que tout bouleversement artistique reste une chose délicate à appréhender aussi bien pour le principal concerné que pour la fan-base, la recherche d’originalité peut mener à bien des égards au fond du gouffre. Avec son Reggie, Redman en fait la démonstration sur pas plus de treize titres et heureusement.

Introduit par un son brouillon et totalement saturé, Reggie annonce très vite la couleur. « Thats Were I Be » donne le ton général de l’opus sur des airs dignes de la pauvreté d’un Usher… Faute de gout considérable et presque fatale quand on connaît l’importance des premières mesures dans l’ouverture d’un album. Lancé à toute vitesse et presque aveuglément dans une direction artistique insensée que même les coutumiers de la beauferie seraient susceptibles de  trouver contestable, l’ex Funk Doctor dévoile un visage méconnaissable. De la voix auto-tunée du lamentable « Full Nelson », en passant par le hook désastreux de « Lemme Get 2″ jusqu’à l’insipide « Mic, Lights, Camera, Action », Reggie révèle des dehors peu reluisants que l’on croyait étrangers à son créateur. Littéralement noyé sous les assauts répétés des productions ringardes (« Def Jammable », « Lite 1 Witcha Boi », Lif It Up »), l’album se transforme en un répulsif à l’efficacité redoutable et irréversible que même la présence de Method Man et Bun B ne peut atténuer.

No future ?

Et si Reggie était un symptôme du malaise qui règne entre la maison mère Def Jam et son fidèle serviteur ? Peu enclin à relayer la promotion de ce dernier opus, le label serait susceptible de lâcher celui qui a longtemps été son meilleur ambassadeur. Que la chose soit avérée ou non, cette galette confirme l’étiolement d’un MC jusque là régulier dans la qualité de ses projets solos (à quelques exceptions près). De manière plus générale, le cas Redman démontre la difficulté dans laquelle se trouvent bon nombre de rappeurs de sa génération, et qui peinent aujourd’hui à maintenir la tête hors de l’eau en créant de véritables albums. « L’inspiration suppose du souffle, mais ce n’est souvent que du vent » comme le disait si bien le poète anglais Gilbert Keith Chesterton.

En dépit de cette tentative de sortir des sentiers battus à laquelle Redman s’est essayé en vain, ce dernier reste néanmoins un MC à la verve intacte. A la fois fantaisiste et folâtre, drôle et superficiel, Reggie Noble continue d’incarner le saltimbanque versatile qu’il a toujours été. Reste à voir ce qu’il nous prépare avec la suite de son chef d’œuvre Muddy Waters 2, bien que le concept témoigne d’une légère redondance. De toute manière ça ne peut pas être pire.

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Chronique publiée pour NeoBoto.com 

Publié dans Rap

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Street Poet (Black Scofield) 08/01/2011 21:03


Très très très décevant (et le pire est qu'on le sentait venir). Un disque tout simplement indigne de Redman. Tu as pratiquement tout résumé dans ta chronique, je n'enfoncerai donc pas le clou.


Crazy Horus 09/01/2011 09:54



Ouais honteux, que va devenir Muddy Waters 2... je flippe