Royce Da 5'9'' : Street Hop

Publié le par Crazy Horus


S’il y a bien un rappeur qui était prometteur à Detroit au-delà de la figure internationale d’Eminem, c’est bien Royce da 5’9. Mais grandir dans cette ville crasseuse n’est pas ce qu’on pourrait appeler un bon départ pour commencer sa vie. Entre pointer au chômage ou à l’usine, vivre de petits larcins et dealer, le choix n’est guère réjouissant et n’offre que des perspectives restreintes… Heureusement il y a le rap, et on peut dire que ça lui a été salvateur. Car le jeune Ryan Montgomery est un garçon plutôt doué. A seulement 21 ans il signe déjà chez Tommy Boy avant de réaliser son premier projet Rock City en 2002 qui contient notamment le fameux « Boom » produit par DJ Premier qui le fera sortir définitivement de l’anonymat.

Alors entre collaborations multiples, clash avec son ex-pote Eminem puis réconciliation, le rappeur reste toute de même productif  (Death Is Certain (2004) et Independent's Day (2005)) avant de combler le vide jusqu’en 2009 par quelques tapes de bonne qualité. C’est donc en cette fin d’année que Royce da 5’9 semble avoir retrouvé un peu d’entrain en se joignant aux garçons bouchers de Slaugtherhouse et en livrant dans la foulée son Street Hop tant attendu, dont le single « Shake This » (produit par Primo une nouvelle fois) nous avait fait languir et spéculer comme souvent.

On avait beau tirer des plans sur la comète il nous était presque impossible de connaître la direction qu’allait prendre ce dernier. Au final, la tracklist s’avère surprenante. En effet s’y accolent des noms comme DJ Premier, Nottz, Frequency, Emile, Streetrunner, qui démontre une ambivalence, celle d’avoir un pied dans l’underground et l’autre dans ce qui pourrait être qualifié de public plus large. Reste à savoir comment ces deux options cohabitent…

A première vue la dualité ne semble pas avoir contribué à la division de l’opus. Au contraire, les morceaux sont fondus dans un tout homogène où le bon côtoie le moins bon. Difficile en effet de passer de l’éreintant « Dinner Time » à l’inaudible « Far Away ». Le choc est rude et met en exergue le point noir de l’album. Car Royce aurait largement mérité mieux que ces morceaux radio superficiels qui polluent au final cet opus et qui viennent tirer vers le bas la véritable valeur de ce fin MC.  On regrettera donc les dérives éparses à l’artifice pompeux comme « New Money », « Bad Boy », « Soldier », « Thing for Your Girlfriend » et son ton terriblement affecté, ou encore le bâclage de « Mine in Thiz ». Au final c’est une partie non négligeable de l’album qui s’avère plus que décevante.

Dommage, car parmi ce cloaque musical, quelques titres arrivent à sortir la tête de cette fange infâme. Comme à son habitude Primo fait mouche à trois reprises grâce à de bons morceaux tels que « Something 2 Ride 2 » feat. Phonte, le populaire « Shake This » (sur un sample de David Axelrod), et le contenu « Hood Love ». Royce servi par des productions dignes de lui peut ainsi déployer son arsenal verbal, et déverser son flow intense qui a toujours fait sa réputation (« Gun Harmonizing », « Count For Nothing »). Epaulé par ses nouveaux acolytes de Slaughterhouse (« The Warriors »), l’opus évite les nouveaux écarts en frôlant presque le moment de grâce sur un « On The Run » tout en mesure.

Malgré ces quelques qualités, Street Hop s’avère désespérant, oscillant entre un goût trop prononcé pour la mièvrerie commerciale et une réelle envie de bien faire. Les bons morceaux se comptent sur le bout des doigts et ceci est le principal reproche que l’on puisse lui faire. La majorité des productions ne suivent pas et par là même nous privent d’un album convaincant.

Chronique publiée pour rap2k.com

Publié dans Rap

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Sagittarius 09/12/2009 11:57


Moi j'ai bien kiffé cet album, y a des sons très lourds pour ma part même si les prods de Primo surpassent le reste.
Après... je ne pense pas que ce soit le genre de disque dont on a plaisir à écouter. D'ailleurs je songe à le revendre.