Tyler The Creator - Goblin

Publié le par Crazy Horus

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Phénomène manifeste de ces dernières années, le crew d’Odd Future ne cesse de faire monter la mayo’ à chaque apparition. Emmené par le charismatique Tyler The Creator, le Wolf Gang est en passe d’accomplir un événement historique dans son histoire en réalisant, par l’intermédiaire de son leader, un premier opus payant via XL Recordings. Fruit du cerveau torturé de son barge créateur, Goblin est dans la parfaite continuité de ce que la horde sauvage nous concocte depuis 2008. Rencontre avec un esprit d’une extravagance singulière.

Tyler : la tête pensante

Tout juste âgé de vingt ans, celui qui se fait appeler Tyler The Creator (de son vrai nom Tyler Okonma), est à la tête de la licencieuse nébuleuse OFWGKTA (pour Odd Future Wolf Gang Kill Them All). Véritable chef de troupe et éminence grise, Tyler se trouve derrière la majorité des projets de ce groupe d’ados de L.A., intrépides et mal dégrossis. Une personnalité trouble à la voix délicieusement caverneuse, dotée d’un gout immodéré pour les beats déstructurés et les ambiances malsaines. Tout un programme mis en scène dans des clips totalement cinglés où les expériences hallucinogènes côtoient des sessions de skate anarchiques entrecoupées de références salaces on ne peut plus explicites. Malgré l’ignorance feinte et les simulacres chocs, Odd Future est sur le point de mener le bal marketing avec Tyler en fer de lance, accompagné de sa fameuse imprévisibilité. Les journalistes qui s’y sont d’ailleurs frottés n’ont pu récolter qu’une discussion sans queue ni tête à grands coups d’invectives surréalistes à leur endroit. Autant dire que recueillir des informations s’avère être un exercice périlleux. Tyler, tel le joueur de flute de Hamelin, mène la danse.

Oreilles taillées en pointe, casquette vissée sur la tête et éternelles chaussettes montantes, le Créateur est un personnage insaisissable, baroque, obsédé par les drogues, le sexe et le bacon. Son premier projet sobrement intitulé Bastard (2009) annonçait déjà la couleur avec des titres comme « French ! » ou « Tina ». Ses potes Earl et Domo Genesis ont eux aussi bénéficié de l’imagination débridée de ce producteur caméléon capable de s’adapter à chaque univers, aussi infecte qu’il soit. La venue de l’album Goblin avait déjà pour ainsi dire, toute la saveur immorale qu’on lui prêtait avant même sa sortie.

Goblin

Deuxième effort en solo pour le taulier d’Odd Future et premier album diffusé à grande échelle. Malgré son intégration dans le marché de la musique, Tyler le clame haut et fort, il garde le contrôle artistique. Difficile d’accès, volontairement austère et ordurier, son univers reste dans la continuité de ce qu’on avait pu écouter sur Bastard. Les productions bénéficient à nouveau d’une texture crasseuse faite de beats écrasés (« Burger », « Golden ») et de vertiges grandiloquents (« Transylvania », « Bitch Suck Dick »). Les initiés retrouveront d’ailleurs quelques perles déjà connues comme le kafkaïen « Yonkers », et le fameux « Sandwiches » feat. Hodgy Beats qui avait été magistralement interprété lors d’un happening inoubliable dans l’émission de Jimmy Fallon. Goblin, c’est aussi la voix sépulcrale de Tyler, tout droit sortie des égouts de L.A., gerbant un flow monocorde d’immondices verbaux sur des titres obscurs (« Steaks Sauce », « Golden »). Si le ton général de l’album repose sur une lourdeur redondante, certains morceaux tranchent vivement de par leur dynamique à l’instar du subversif « Radical » et son contenu « je m’en foutiste » jouissif, immense doigt d’honneur à tout ce qui représente une once de morale et d’autorité (école, religion, police…). Epaulé par le R. Kelly de la bande, aka Frank Ocean, Tyler se laisse même aller à une ballade corrosive sur « She ». L’effet est surprenant et laisse envisager d’autres perspectives pour un futur proche.

Parfois laborieux et insaisissable, Goblin n’en demeure pas moins un disque fouillé et cohérent dont la dynamique reste unique dans le paysage rapologique d’aujourd’hui. Bien que certains morceaux possèdent des dehors hermétiques, il est indéniable qu’une deuxième vie s’offre à eux sur une scène de concert où le visuel aurait une importance prépondérante. Reste à savoir combien de temps Tyler compte tenir encore sur ce registre.

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Chronique publiée pour NeoBoto.com


Publié dans Rap

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