Guru 8.0: Lost And Found

Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Voilà ce que se sont demandés de nombreux rap addicts en écoutant ce deuxième album de l’ex Gangstarr.
Il est vrai que depuis sa séparation avec DJ Premier et leur ultime réalisation commune sur The Ownerz, le MC est happé dans de nombreux projets solos plus ou moins bons mais dont le point d’orgue reste l’indétrônable premier volet de la série des Jazzmatazz. Tout part de là et ce fantastique album est à la fois une sorte de prolongement du travail effectué avec DJ Premier et un pied de nez à ceux qui voyaient la fusion jazz/rap comme une hérésie, oubliant par la même occasion que le jazz fut lui aussi un jour révolutionnaire. Mais c’est avec Gangstarr que le Hip Hop prend sa réelle dimension, sous le diptyque symbolique frôlant la perfection entre un DJ talentueux et un MC charismatique. Influents, une myriade de rappeurs tels que Freddie Foxxx, Big Shug, Jeru The Damaja, Krumb Snatcha, Group Home ou Afu Ra ont longtemps constellé autour du groupe devenu mythique. En quittant son partenaire un peu abasourdi entre 2005 et 2006 il signe la fin du duo et s’en va créer son propre label 7 Grand Records tout en désirant conserver les mérites du passé, quitte à se les approprier sans partage.
Dès lors il s’associe avec le rappeur/producteur Solar sur des projets comme Jazzmatazz vol.4 : The Hip-Hop Jazz Messenger: Back To The Future, ou Version 7.0: The Street Scriptures son premier album solo dont la sonorité est à des lieues de ce qu’il faisait avec son ancien acolyte. Désormais, le rappeur semble avoir trouvé une nouvelle combinaison pour pousser l’expérience musicale vers une autre direction.
Avec Guru 8.0: Lost and Found les ambitions sont clairement affichées : “It’s necessary to get upgrades to keep real Hip-Hop alive and 8.0 represents that next level of growth.” Habitués à ce type de déclarations qui jalonnent chaque nouvelles sorties rap, il est clair que nous ne nous sommes pas laissés prendre comme de vulgaires amateurs en rade de son pur et dur, bien au contraire… Entièrement produit par Solar, l’album se veut être une réminiscence des bases de la culture Hip Hop, celle de Wild Style, des gros breaks, du smurf improvisé dans un coin de rue sur une musique crachée par un ghetto blaster…on en est loin. Ce qui caractérise ce nouveau projet c’est sans conteste des choix artistiques douteux comme l’utilisation récurrente du vocoder sur de nombreux titres comme « Fastlane », « Ride », « Own Worst Enemy » qui à défaut de rester contestable vient enfoncer ces trois morceaux déjà bien englués dans le marasme de la production. Malheureusement l’intégralité de l’opus semble se perdre dans ce bourbier sonore inextricable où la plupart des tracks mêlent sans originalité des beats sans âmes à une dynamique exsangue qu’on peut ressentir sur « Cee What We Do », « No Gimmick Shit» ou « When You Least Expect ».
C’est en voulant manifestement donner une teinte old school, que Guru rate son pari. Si le rappeur est à la recherche d’un Hip Hop disparu il semblerait que lui-même se soit égaré dans la caricature. La preuve avec le très disco « Divine Rule », un rap multicolore, kitch à souhait au point où on se demande si la faute de goût n’est pas involontaire. Le résultat se fait encore plus désastreux lorsqu’on à en face de soi le clip, sorte de mélange douteux d’images d’archives des années 1980 et d’effets dignes d’un fond d’écran Windows 95…
Alors que dire de plus que le son nous a déjà livré ? C'est-à-dire un album navrant du début à la fin et qui au bout du compte n’aura rien apporté de plus au Hip Hop. On ne se contentera même pas du niveau passable d’un titre comme « Lost & Found » qui reprend sans enthousiasme la plus que célèbre boucle de guitare de « The House Of The Rising Sun » (« Les portes du pénitencier pour ceux qui préfèrent »). Seul « Best Of My Yearz » se détache de cette masse sonore sans saveur, soit un morceau sur dix sept… C’est ce qu’on appelle tout simplement un échec.
Chronique publiée pour Rap2k.com