Slaughterhouse: Slaughterhouse

Voici enfin l’opus du combo Slaughterhouse composé de Joe Budden, Crooked I, Royce da 5’9 et Joell Ortiz. Du beau monde dirons-nous, bien que n’étant personnellement pas fan de Budden, le projet reste tout de même très attirant. Il faut dire qu’avant sa sortie, le super groupe avait balancé la sauce grâce au clip de « The One », hymne gentiment festif reposant sur le sample rock « Friend Of Mind » d’In Essence, simple mais efficace. L’album fait d’ailleurs état de cette simplicité sur la plupart des titres, sans faire de fioriture. Côté lyrics et flows le spectacle est surtout assuré par Ortiz et Royce, fines lames qui se sont longtemps exercées sur de nombreuses tapes avant d’exploser.
Alors bien sûr nous sommes en droit de nous poser la fameuse question : l’album est-il bon ? Car un tel regroupement (Detroit-Long Beach-NYC) a de quoi faire jaser même les plus réticents d’entre nous. La formation de Slaughterhouse pourrait aisément passer pour un gros coup de pub histoire de vendre grâce notamment à la présence de Budden, mais il n’en est rien. La qualité est au rendez-vous et tant mieux si l’album se vend bien.
Il faut dire que les quatre rappeurs ont sorti l’artillerie lourde et ce dès le départ grâce à une production de Streetrunner (« Sound Off ») au beat tonitruent sur lequel chaque MC s’engage dans un flow supersonic ravageur. La tension est à son comble portée par cette montée vocale. Notons par la même occasion que le travail du producteur de Miami (Streetrunner) apporte à l’opus une riche palette d’atmosphères différentes, évoquant parfois les couleurs d’un rap/blues magnifiquement interprété par Pharoahe Monch sur « Salute », ou préférant un son débordant d’énergie (« Not Tonight »), au rythme haletant que les rappeurs semblent tant convoiter. Par ailleurs, l’album éponyme laisse planer quelques fois une sorte d’apathie consciente (« Lyrical Murderers »), parfois très dark (« Microphone », « Rain Drops »).
On aurait pu en rester là, mais ce serait éluder le plus intéressant. Certaines productions apportent énormément de fraîcheur à un projet qui aurait pu se perdre dans un son trop ample, trop lourd perdant par la même occasion un peu de finesse. Ainsi « Cut You Loose » invoque un ton soulful rayonnant et salvateur. Laissons de côté la mollesse, et préférons la dynamique de « Onslaught 2 » aux flows incisifs et déversoir à lyrics assez fantastique. Point d’orgue de l’album : « Pray (It’s a Shame) » longue plainte vocale élégiaque (Pray It’s a shame baby baby !) presque tragique.
Slaughterhouse ne comporte donc pas de mauvais titres loin de là et c’est appréciable. Hésitant souvent entre un décor festif ou une tonalité plus sérieuse il arrive tout de même à convaincre facilement grâce à l’engagement des quatre MCs méritant par la même occasion son nom d'abattoir. Dommage que l’opus ne prenne pas plus de risques en proposant quelque chose de plus original, tout en sachant que ce genre d’initiative rapproche dangereusement du gouffre. Le projet a su se révéler intéressant et nous permet d’espérer entrevoir une continuité pour les années futures.
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