M.O.P : Foundation

Yo-yo (déf. Wikipédia) : jouet constitué de deux hémisphères aplatis, réunis par un axe autour duquel s’enroule une ficelle dont l’une des extrémités s’attache au doigt ou est retenue par la main. Le jeu consiste à lancer le yo-yo et à le ramener dans un va-et-vient continu. Il existe d’autres figures plus complexes qui demandent plus de virtuosité.
Il est vrai que lorsqu’on joue au yo-yo le secret de la réussite réside dans le départ et c’est ce qu’ont compris Lil’ Fame et Billy Danze dès 1994 en lançant dans le vide leur premier album To The Death initiateur d’une longue suite d’opus mythiques dont Firing Squad (1996), First Family 4 Life (1998) jusqu’à Warriorz en 2000 porté au plus haut grâce au titre briseur de moelle épinière « Ante Up ». Seulement depuis, le yoyo pourtant si bien parti, semble avoir perdu un peu de sa hauteur et de régularité, comme en témoignent leurs innombrables compilations et Best Hits entre 2003 et 2006 ainsi que la signature en 2005 sur le label G-Unit Records qui leur vaudra une critique sévère du public et un titre sans gloire (« When Death Becomes You ») sur la B.O de Get Rich Or Die Tryin’.
Alors quand le groupe le plus rageur de Brownsville et du rap game en général annonce un retour avec un album pour 2009, on se met à espérer comme souvent tout en ayant conscience que le Mash Out Posse ne fera jamais aussi bien que lors de leur départ fulgurant. Le constat est malheureusement clair : la ficelle du yo-yo à force d’inertie est devenue maintenant beaucoup trop longue pour qu’il puisse remonter aussi haut qu’avant. Néanmoins, les deux MCs new yorkais continuent à attiser les espoirs les plus fous en partie grâce à une liste alléchante de producteurs dont les preuves ne sont plus à faire comme c’est le cas de DJ Premier qui renoue là avec ses anciens compères des 90s, Green Lantern, Fizzy Womack, Nottz ou encore DR Period le prodo de leurs débuts à qui on doit notamment « How About Some Hardcore » ou « Mo Money Mo Murder (Homicide) » d’AZ.
Affectant les mines patibulaires qui leur sont chères, les deux carnassiers se remettent en scène pour un rap hardcore unique en son genre. Si les deux bonhommes tiennent toujours la distance d’un point de vue technique et vocal, il n’en va pas de la même manière en ce qui concerne les productions. Certes l’entame reste efficace. « I'm a Brownsvillian » et « Blow the Horns » qui repose sur un sample de Bob James, rappellent les belles heures du groupe. Cependant de nombreux titres déçoivent, et ce à commencer par « What I Wanna Be » de DJ Premier, qui est d’une platitude lamentable ajoutée au passage mièvre de Rell. Si M.O.P s’attachait il y a quelques années à un son brut et corrosif, l’intrusion du vocoder sur «Street Life » fait passer les anciens fauves pour des lionceaux domestiqués et inoffensifs. Il en va de même pour « Foundation », balade presque trop facile et qui transpire l’artifice. Par ailleurs, la présence de Redman sur « Riding Through » ne parviendra pas à gommer la pâleur d’un instrumental exsangue.
Mais ne nous épanchons pas plus longtemps sur les aspects négatifs de l’opus qui contient tout de même quelques qualités il faut l’avouer. Saluons le bon travail de Fizzy Womack qui nous livre des titres surprenants, teintés d’humour (« Stop Pushin »), ou à l’opposé remplis d’une morosité palpable à base d’un sample soul (« Rude Bastard »). Si M.O.P convoite tant les bangers qui mettent en relief leurs flows hargneux, « Bang Time » ne convainc malheureusement qu’à moitié en raison de son mélange cuivres/break qui relève plus de la purée que d’un véritable morceau structuré. Mention spéciale à DR Period et son « Salute a G » qui arrive à redonner un peu d’entrain et de sincérité à un album qui éprouve des difficultés à transmettre la fureur habituelle du duo.
Si Foundation n’est pas une mauvaise réalisation en soi, il manque malgré tout une certaine épaisseur que possèdent pourtant les deux rappeurs. Cinquième album, probablement le moins bon. Pendant ce temps là le yo-yo continue de tourner mais la ficelle peine à s’enrouler.
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