People Under The Stairs : Carried Away

Publié le par Crazy Horus


Si depuis quelques années maintenant le son West Coast « traditionnel » est en perte de régime face à la multiplication des pôles musicaux précis, celui-ci subit de la même manière le regain de confiance qui se fait sentir sur la côte Est. Mais au-delà du manichéisme primaire, la situation s’avère en réalité beaucoup plus complexe. La scène West dite « alternative » ou underground s’affirme toujours et encore plus fortement, à tel point qu’elle parviendrait presque à faire oublier les dérapages incontrôlés de certains. La Californie est un vivier incontestable, et Los Angeles en est son centre névralgique. Depuis la fin des années 1990, l’underground californien est en émulation, une génération entière alimente le Hip Hop d’une touche singulière et salvatrice tels The Dilated Peoples, The Alchemist, The Pharcyde, Freestyle Fellowship, Jurassic 5, Tha Alkaholiks, Defari, The Visionaries, Blu, Exile, Fashawn ou encore l’insolite Madlib. La liste est longue mais prouve par elle-même que l’Ouest des Etats-Unis n’a rien à envier à son voisin d’en face…

Largement inspirés du mythique lyfestyle « local » (la Californie compte tout de même plus de 35 millions d’habitants pour une superficie de 423 970 km²), The People Under The Stairs sont les héritiers d’un hédonisme érigé en dogme dans cette partie du monde. Depuis leurs débuts en 1998 avec The Next Step, le doublon Thes One et Double K s’est toujours affublé d’un style old-school assumé un peu à la manière des Beastie Boys, c'est-à-dire privilégiant les gros breaks, le groove du flow, et les phases scratchées à l’ancienne. Leur ultime frasque Fun DMC illustre parfaitement le propos, baignant dans les samples funk et un rap qui sent bon les années 1980.

Carried Away leur dernière réalisation suit donc un chemin tout tracé. Plus que jamais le duo aura poussé l’ambiance festive aussi loin, évoquée sur un ton ironique, auto dérisoire et presque caricatural. Pour preuve, la cover qui met en scène les deux inséparables allongés sur le sol, entourés d’un bordel sans nom fait de disques, de bouteilles d’alcool vides, de restes de pizzas, le tout reposant sous l’épaisseur moelleuse d’un vomi agglutiné dans la bouche d’un Thes One ivre mort. Le ton est donné.

L’opus tout comme le précédent transpire un funk furieux qui vient donner une dynamique effrénée, inarrêtable auquel le débit des deux MC ajoute au côté frénétique de morceaux de choix comme « Hit The Top », « Much Too Much », ou encore le disco « Trippin At The Disco ».  On retrouve ici les réminiscences 80’s qui ont fait les heures de gloire du Hip Hop festif incarné alors par le label Sugar Hill Records, première écurie du genre qui a vu naître Grand Master Flash, Sugar Hill Gang, Funky 4 Plus One, et autres Koll Moe Dee. La filiation est évidente à l’écoute de « 80 Blocks From Silverlake », « Beer », « Creepshow », « My Boy D » et de « Letter From The Old School » qui reviennent à une géographie musicale new yorkaise. En revanche, tous deux sont loin de renier leurs origines californiennes, se ralliant pour cela à des couleurs plus laid back qui ont le parfum du soleil de plomb de LA, de ses bords de mer excentriques, de ses bacchanales légendaires et de son flegme apparent (« Down In LA », « Carried Away », « Come On Let’s Get High »).

Avec cet album le groupe frappe fort une nouvelle fois. Après un Fun DMC qui s’était avéré convaincant. Carried Away pourrait bien être considéré comme la suite logique de ce dernier, sorte d’ « after party » totalement folle et incroyablement efficace comme l’atteste « Step Off », introduction digne d’un opus vraiment réussi qui vous délivrera le fameux sésame du « Very Important Partier »…

Chronique publiée pour rap2k.com

Publié dans Rap

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Midnight-Marauder 11/12/2009 13:19


Très bonne chronique, comme d'hab ' !!

J'avais pris Fun DMC en CD parce que le titre me faisait penser à Run DMC évidemment et j'ai pris sans connaître, et j'avais adoré l'album sur tous les points : frais, pur, nostalgique, ... Je ne
savais même pas qu'ils en avaient sorti un nouveau en 2009, alors j'ai écouté quelques morceaux et j'apprécie :D Faudrait que je me le procure en vinyle, y a de bons petits breaks dessus en plus à
ce que j'ai entendu.